Nathalie M.

Les champs d'honneur
par (Librairie Page 36)
1 décembre 2019

Prose poétique

C'est une écriture rigoureuse qui se perçoit dentelle, d'une implacable finesse.
L'auteur plonge dans ses souvenirs d'enfance et nous dépeint les membres de sa famille comme des paysages.
Des souvenirs exhumés, il offre à percevoir les êtres et leurs singularités comme s'il prenait une photographie familiale des membres réunis au grand complet.
Il dit les êtres et décrit le temps dans lequel ils étaient inscrits, si bien qu'on parcourt les époques, bien loin du présent, qui en découle pourtant. Sa description de la mort de son oncle pendant la Grande guerre nous fait pénétrer le passé dans toute l'horreur qu'on ne savait imaginer.
Aussi, il donne à comprendre les membres de sa famille de l'incidence continue de cette guerre — le grand-père et son mutisme avéré associé pour toujours à sa 2 CV, la grand-mère, vaillante dans ce mariage arrangé, la tante, institutrice solitaire imprégnée de religisoté, le père trop tôt disparu et la mère dans sa solitude d'avoir perdu son mari —.
Tous sont auréolés à la fois de la tendresse et d'une forme d'impartialité qui habitent l'auteur.
Il les décrit et sculpte le plus finement possible leurs portraits, au point de nous les rendre beaux absolument.
Il imprime ainsi en nous d'eux, une douce mélancolie.
Cet auteur a l'art d'écrire, de décrire comme si on y était du récit, nous invitant à mieux voir.

Le Monde horizontal

Remaury, Bruno

José Corti

17,00
par (Librairie Page 36)
25 novembre 2019

L'être au sein du monde

C'est une déambulation dans le temps de l'humanité qui dit les êtres.
Du plus loin qu'est perçue, sue et étudiée l'humanité, de tout le chemin qu'elle a parcouru, un élément immuable, fondateur à être au monde, la caractérise : la peur.
La peur, tapie au fond des grottes, dans l'océan, dans la forêt, dans les étendues vastes ou dans le coeur des villes.
La peur qui immanquablement habite les êtres, est inhérente à la condition humaine même.
Ici, des destins connus ou inconnus, sont contés par l'auteur.
Et tous ces êtres qui ont fait et font l'histoire qu'elle soit petite ou " grande" se dévoilent à nous du regard de l'auteur.
L'auteur offre à percevoir, à saisir les êtres dans leur rapport au monde, qualifié de vertical au tous premiers temps des Dieux, vers celui horizontal, de la civilisation qui se déploie.
L'individu, au coeur de tout cela, n'est que détresse.
Cette détresse est constitutive du questionnement perpétuel à pouvoir seulement vivre à l'intérieur du monde, comme si chacun y était perdu, y cherchait sa place sans jamais la trouver vraiment.
C'est un livre déstabilisant, au récit fluide et de toute beauté, parfaitement articulé, qui pose le questionnement de la peur qui nous habite, moteur de notre être au monde, tellement vaste et effrayant.

Les Loyautés

Le Livre de Poche

7,20
par (Librairie Page 36)
18 novembre 2019

Justesse

Cette auteure a l'art de conter.
Elle maîtrise le mot juste, la description des faits comme si on y était.
Elle décrit les protagonistes, nous plaçant au plus prés de chacun d'eux, dans leur intériorité. Ils nous deviennent si familiers, avec leurs failles, qu'on s'attache à chacun d'entre eux.
Delphine de Vigan raconte, déroule l'histoire de ses personnages, sans jamais les juger.
Elle n'est qu'empathie dans l'écriture. C'est tout de suite ce qu'on se dit.
Le sujet est grave : un jeune adolescent de 12 ans, partagé entre ses deux parents séparés, n'en peut plus de solitude malgré l'amour éprouvé pour chacun d'eux. Il cherche une échappatoire, se met en danger.
On est pris dans le récit. On sent venir l'inéluctable sans le deviner pour autant. On se laisse emporter, tendu vers ce temps du récit qui ne peut que venir et qui sonnera la fin de l'ouvrage. On veut découvrir ce à quoi cette fin peut ouvrir, à moins qu'elle soit tragique et définitive ? On est fébrile, tenu à lire sans répit.
À vous de lire.
À vous d'entrer dans d'autres vies, de vous y couler, de saisir ce qui chez l'autre dit un peu de chacun de nous.

HISTOIRE DE FAMILLES

Levy Justine

Flammarion

21,00
par (Librairie Page 36)
17 novembre 2019

Photographies qui donnent à voir des vies

Voici un livre étrange. On pourrait même dire " une curiosité ". Il fait penser à une commande.
The Anonymous Project est une collection privée de diapositives amateurs. Ces diapositives donnent à voir des familles du 20ème siècle.
Justine Levy raconte, interprète, délivre des histoires de ce qu'elles donnent à voir.
C'est donc une lecture particulière.
Vous contemplez les photographies, vous vous en faites une impression, une idée, vous en déroulez l'histoire, celle qui s'invite de ce que vous percevez. Et puis, vous lisez les textes.
Et des similitudes se révèlent, une perception semblable s'en dégage ou tout le contraire.
Ça pousse à retourner voir la photographie plus profondément, plus longuement, au-delà de la première impression d'ensemble.
Vous vous attachez aux détails, aux expressions, à la sensation de solitude de chacun, même ensemble, dans la photographie.
Ça remue les photographies.
Elles montrent des gens, des gens d'avant qui ne sont plus sûrement.
Ça réveille des souvenirs intimes, des impressions de déjà-vu ou déjà-vecu.
Ça provoque des questionnements quant à ces êtres, qui furent vraiment, chacun dans son rôle, figés - là - dans un cadre.
Les textes de Justine Lévy, sont drôles, caustiques, voire percutants. Ils déroulent des instants, des tempéraments, des histoires. Celui qui voit est celui qui dit, d'écrire de ce qu'il perçoit.
Oui, c'est bien étrange d'entrer dans cet ouvrage-là. Ça provoque le questionnement des traces laissées des captations d'instants du passé, perçus au présent, des temps si différents.

Les couloirs aériens
par (Librairie Page 36)
16 novembre 2019

Crise de la cinquantaine

Voici un ouvrage qui ragaillardit.
Cinquante ans, c'est l'âge d'Yvan. Passer ce cap est loin d'être évident.
Et puis, il n'y a pas que cela. S'ajoutent le décès des parents, leur maison qu'il faut vendre après l'avoir vidée, les enfants, loin, dont il a peu de nouvelles et sa femme qui travaille à l'étranger.
J'oubliais, il a perdu son boulot, aussi.
Ça fait beaucoup pour un seul homme.
Fort heureusement, il peut compter sur ses amis qui l'accueillent, le sermonnent juste ce qu'il faut, l'accompagnent dans ce temps de réflexion nécessaire.
Des rencontres, de petits évènements, des temps de partages inattendus, de petites choses comme de grands événements font penser et sortir de soi.
Et puis, peu à peu, la vie remet les choses dans l’ordre, chacun reprend sa place dans l'existence des autres et une nouvelle dynamique s'installe.
C'est un très bel ouvrage, bien construit, au graphisme en adéquation parfaite au texte.
C'est épatant, réconfortant, délicieux de présence juste aux autres, au monde.