Yv

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Je lis, je lis, je lis, depuis longtemps. De tout, mais essentiellement des romans. Pas très original, mais peu de lectures "médiatiques". Mon vrai plaisir est de découvrir des auteurs et/ou des éditeurs peu connus et qui valent le coup.

S'enfuir, Récit d'un otage

Récit d'un otage

Dargaud

27,50
par
15 janvier 2020

1997, Christophe André est en mission pour l'ONG Médecins sans frontière à Nazran, en Ingouchie, petite république russe qui touche la Tchétchénie. Son premier travail dans l’humanitaire, il s'occupe des finances et de l'administration. Trois mois qu'il est présent lorsque la nuit du premier au deux juillet, il est enlevé. Totalement ignorant des causes de son rapt, il est mis à l'isolement, ne peut communiquer avec ses ravisseurs qui ne parlent pas la langue -et inversement- et qui se contentent de lui apporter ses repas et de le guider jusqu'aux toilettes.

Guy Delisle a recueilli et mis en pages le témoignage très précis de Christophe André. Son roman graphique est sobre, le dessin minimaliste, tout -ou presque- s'y passe dans une pièce vide, seulement un matelas, un radiateur et un homme souvent allongé. Des tons bleutés pour la journée et grisés pour la nuit. Un peu plus de 400 pages qui racontent l'enfermement, l'isolement et les questionnements de l'otage qui ne connaît ni les raisons de son enlèvement, ni ce qu'il se passe au dehors, ni si des tractations sont en cours pour le libérer ni même donc une éventuelle date de sortie de cette pièce. Et il passe par tous les stades, celui du découragement, celui de la volonté de ne pas y céder, l'envie de s'évader mais la crainte de n'y point parvenir et d'être tué. Il se raccrocha à sa passion pour les batailles célèbres, surtout celles de Napoléon.

On pourrait croire qu'on va s'ennuyer à lire ce gros roman graphique, mais que nenni, c'est tout le contraire. La sobriété des dessins, des couleurs, du texte, tout est fait pour qu'avec l'otage on se pose des questions, on ait envie qu'il s'en sorte. Ce n'est pas un polar, c'est un récit, néanmoins, une certaine tension file sur toutes les pages. Je ne suis pas amateur des témoignages, très franchement ça m'agace souvent même lorsque l'histoire est forte, mais j'avoue que Guy Delisle m'a bluffé. Sans doute la forme roman graphique aide-t-elle. La force du dessin.

LES ENQUETES DU CAPITAINE SABRE - N 1 - LES DIAMANTS DE WATERLOO
par
15 janvier 2020

Valérie Valeix délaisse son apicultrice-enquêtrice Audrey Astier pour se lancer dans le roman policier historique, un genre que je trouve casse-gueule lorsqu'on ne le maîtrise pas. Non historien, je ne connais de Napoléon que la victoire d'Austerlitz et la défaite de Waterloo... morne plaine..., la main dans le gilet et les chansons de Serge Lama -désolé pour cet écart de mauvais goût (sur Youtube, ça dure 2h18min56sec, mes condoléances). Mais je cesse là mes apartés inutiles pour revenir à cette excellente surprise qu'est la naissance du Capitaine Sabre. Hyper documenté, annoté, l'auteure, par des notes en bas de pages, donne des précisions qui vont de la grande histoire à l'anecdote qui apportent réalisme et ancrage et permettent au béotien que je suis d'y croire à fond. On est en 1815, c'est sûr.

J'aime assister à la naissance d'un héros récurrent, et Jérôme Blain m'a l'air sympathique et a vécu suffisamment d'événements pour en faire un personnage complexe qui évoluera dans le temps et dans une époque tourmentée. Le contexte est là, bien planté et prometteur. Sa première enquête est fort bien menée, ne lésinant pas sur les malfrats, les coups tordus, les gentils pas si gentils et les méchants pas si méchants. Valérie Valeix ne ménage pas ses effets et rebondit de surprise en coup de théâtre. Des guet-apens, des embuscades, des morts étonnantes... le rythme est soutenu, et j'espère qu'elle saura le tenir au long des futures aventures de son Capitaine Sabre. En lisant ce roman, je n'ai pas eu l'impression de lire la même auteure que sa série avec Audrey Astier l'apicultrice. J'ai ressenti plus de force, plus de puissance dans les évocations, plus de profondeur dans ses personnages. C'est sans doute que le monde napoléonien me parle davantage que l'apiculture, et pourtant, je suis inquiet du sort des abeilles et j'aime le miel... Bref, tout cela pour dire en un mot que ce premier tome de la série Les enquêtes du capitaine Sabre est excellent et que je suis très impatient de lire le suivant, et si vous m'avez bien lu, tout cela fait beaucoup plus qu'un seul mot.

L'Odeur du ciel

Bonetti, Henri

Cohen & Cohen éditeurs

20,00
par
15 janvier 2020

Ce faux recueil de nouvelles est un vrai roman où tous les protagonistes parlent du même sujet : la peinture, et notamment celle d'Alexis Lioguine. J'aime beaucoup cette construction gigogne, où l'on devine ou imagine des liens entre les histoires avant que l'auteur, à la fin, comme une chute de nouvelle nous les révèle. Je me suis régalé, comme d'ailleurs dans les autres livres de l'auteur que j'ai déjà lus : Monet, money et L'homme qui avait recueilli les dernières paroles de Gunnar Andersson, deux romans dans lesquels on croise aussi Karim Kacem, le privé. Henri Bonetti bâtit des romans de façon originale, soit touffu, soit à multiples entrées soit, comme ici, à divers époques et intervenants aux horizons très éloignés. Et à chaque fois, moi -qui suis un lecteur linéaire- qui n'aime pas trop cela, je m'y retrouve sans peine et en redemande même.

Je n'en dirai pas beaucoup plus, car le truc, c'est de se laisser surprendre, allez-y sans crainte. C'est un peu comme un film que vous avez vu et que vous aimez conseiller sans rien en dire pour ne rien dévoiler, ne rien déflorer, que vos amis aient la même sensation, le même plaisir que vous. Ah si, Chu Teh-Chun a existé réellement et je l'ai découvert grâce à ce livre. Sa peinture est une explosion de couleurs et de lumière, j'aime beaucoup.

Et faites comme moi, si vous croisez à la bibliothèque -ou ailleurs- des livres Cohen&Cohen, collection Art noir, laissez-vous faire, je crois n'y avoir eu aucune déception et surtout pas avec Henri Bonetti.

La venin / Lame de fond
par
15 janvier 2020

Après Déluge de feu, voici, la deuxième partie de cette excellente série qui se déroule entre la fin du 19° et le tout début du 20° siècles aux États-Unis. Un vrai western avec une héroïne en lieu et place de l'(ex)indéboulonnable cowboy. Laurent Astier s'est emparé de tous les codes du genre qu'il scénarise, dessine, met en scène et colorise pour les moderniser notamment grâce à son personnage principal. Une femme forte, déterminée, très féminine, qui peut se laisser à extérioriser la violence qu'elle enferme, mais qui ne laissera jamais un éclopé, un malheureux sur le bord de la route sans lui apporter de l'aide.

Le thème est ultra classique, mais la patte de l'auteur lui donne un coup de jeune incroyable, et pourtant, je retrouve tout le plaisir des histoires de mon enfance lorsqu'on regardait les westerns en famille, le dimanche soir. C'est sans doute à cela qu'on reconnaît un très bon livre.

J'aime beaucoup et je suis comblé, d'une part parce que j'ai relu le tome 1 avant d'ouvrir le 2, histoire de me replonger dans cette histoire et d’autre part parce qu'un tome 3 est attendu.

Soif !, La revue curieuse, n° 1

La revue curieuse, n° 1

Collectif

Éditions Petit à Petit

16,90
par
15 janvier 2020

Soif ! est une revue dont le numéro 1 vient de sortir. Elle parle de science en bandes dessinées. Son objectif : "diffuser les savoirs universitaires, et plus particulièrement ceux de sciences humaines et sociales" Par exemple, dans ce premier numéro, il y a des articles sur le développement et la vie dans les villes du très grand nord, le système bancaire solidaire, l'agilité en entreprise, juger les terroristes, ... enfin des sujets divers et très variés. A chaque fois, la bande dessinée s'appuie sur des travaux de scientifiques cités et présentés. Et à la fin de chaque partie graphique, il y a un dossier pour donner plus d'explications.

Les dossiers ne sont pas exhaustifs et ils poussent à aller plus loin -des conseils pour ce faire sont donnés. Vous connaissez peut-être La revue dessinée, c'est un peu la même chose, mais pas sur les mêmes champs d'action.

J'aime bien l'idée d'ouvrir les esprits et d'aider à la compréhension de la science par la BD, un vecteur très facile d'accès. En plus, comme on rencontre pas mal de scénaristes et de dessinateurs, on n'est jamais dans le même univers et la découverte est donc également à ce niveau.

Très belle idée de la fondation Flaubert et des éditions Petit à petit, la revue Soif ! s'achète au numéro ou l'on peut s'y abonner.