Une santé de fer

Pablo Casacuberta

Anne-Marie Métailié

  • par (Librairie Nouvelle)
    17 novembre 2020

    Vivre ici et maintenant

    Commencer un roman de Pablo Casacuberta, c'est toujours avoir la certitude d'être décontenancé par les méandres d'une intrigue tortueuse, pourtant étonnamment resserrée ici.

    L'auteur de Scipion et de Ici et maintenant introduit Tobias Badembauer, célibataire de cinquante ans vivant encore chez maman et hypocondriaque compulsif.

    À l'instar du personnage Hanibal dans Scipion, complètement affaissé sous le poids d'un père historien national récemment décédé et manipulateur grandiose, Tobias est obsédé par son géniteur, colonel mort pendant la grossesse de sa mère, et par le motif même de sa mort, qu'il suppose être la même maladie obscure et aux symptômes fluctuants qui le ronge. À quoi s'ajoute une mère qui cherche inlassablement à entrer en contact avec son défunt mari par la fréquentation de voyants et autres spirites.

    Heureusement Tobias semble avoir trouvé un père de substitution avec le docteur Svarsky dans le cadre de leur rendez-vous à l'immeuble Mignon, médecin homeopathe au bout du rouleau, qui s'évertue à convaincre Tobias qu'il a une "santé de fer", avouant par là n'être qu'un escroc.

    Engagé malgré lui dans une mission sauvetage pour redorer l'honneur du docteur Svarsky et sauvegarder sa foi en sa propre incapacité à vivre, Tobias se découvrira en une seule journée des ressources insoupçonnées et une capacité d'analyse étonnante pour un névrosé comme lui.

    Tour à tour drôle, pathétique puis féroce, Une santé de fer nous embarque dans la psyché et les souvenirs d'un grand malade éclatant de vitalité, et se révèle être un vibrant plaidoyer pour la vie et contre l'idéalisme que représente tout report des joies infimes de l'existence dans un ailleurs improbable.

    Martin

    " Mais si quelque chose s'imposait aussi dans tous ces fragments éphémères de souvenirs, c'était l'image aléatoire, déboussolée et gratuite de ma conduite, la sensation prégnante d'arriver trop tard, de perdre le fil, de me présenter toujours au mauvais endroit. A chaque triste évocation de mon passé, si lointain soit-il, on pouvait déjà entrevoir cette maudite habitude de demander aux autres qu'ils me donnent des explications, m'indiquent ce que je dois faire, formulent des diagnostics et me prescrivent des médicaments, autrement dit qu'ils fassent de moi ce qui tout bonnement leur plairait sans que jamais il me vienne l'idée de relever l'un ou l'autre de ces défis. "


  • 12 juin 2019

    Tobias est gravement hypocondriaque. Convaincu qu’il va mourir dans la journée, ce grand gaillard cinquantenaire à l'allure de viking se précipite au cabinet de son médecin homéopathe le docteur Svarsky. Mais par le plus grand des hasards au pied de l’immeuble, il rencontre la belle-mère du médecin à la recherche de son gendre.

    De cet auteur, j’avais lu et aimé Scipion mettant en scène un personnage paranoïaque et porté sur la bouteille. Un roman sur la quête de la filiation manié avec humour. Et ici, la cocasserie est bien présente dès les premières pages. Tobias qui vit toujours chez sa mère est exagérément un malade imaginaire, le docteur Svarsky dénigre l’homéopathie avec force et conviction et sa belle-mère est une fouineuse. À partir d’un imbroglio, Pablo Casuberta nous plonge dans cette unique journée où rien ne va se passer comme prévu.

    Attachant, un brin naïf et romantique, Tobias est influencé par sa mère adepte du spiritisme et est à la recherche d'une figure paternelle absente. Avec des situations rocambolesques parsemées des pensées de Tobias, le ton oscille entre l'ironie et la tendresse.

    J'ai souvent souri mais je suis aussi un peu ennuyée dans les trop nombreuses digressions de Tobias. Malgré les cheminements intérieurs et des réflexions intéressantes, mon intérêt s'est calqué sur la trajectoire de montagnes russes. Dommage.


  • par (Librairie L'Armitière)
    28 mai 2019

    Laissez vous séduire par cette pépite uruguayenne écrite par un auteur déjà très largement reconnu en Amérique Latine et qui mérite une place de choix au sein de la littérature hispanique contemporaine.
    Les tribulations du candide Tobias finiront par vous faire chavirer après vous avoir emporté avec virtuosité dans un tohu-bohu irrésistible et hilarant.
    Féru de littérature romantique, Tobias, cinquantenaire hypocondriaque de 2m et 120kg, vit toujours chez sa mère et ne trouve réconfort à son mal être qu'auprès de son médecin homéopathe. Affublé d'un air perpétuellement égaré, il trimbale au travers de malaises successifs la douloureuse conscience d'une présence insuffisante dans le monde. Mais ce matin là, son univers familier va vaciller: Tobias est persuadé que la fin de sa vie est imminente; accoutré de ses pantoufles il débarque affolé dans le cabinet déjà bondé de patients trépignants d'impatience devant l'absence inexpliquée du dévoué praticien. "Le charmeur de serpents" s'est enfermé dans un hôtel en prise avec une crise existentielle qui va confronter le malheureux Tobias à des faits plus qu'embarrassants et mettre un point final à sa douce dérive.
    Dans une verve absolument délicieuse, Pablo Casacuberta nous conte avec humour les vaines tergiversations d'un héros magnifiquement drôle et si attachant. La beauté et la vivacité de la langue nous font glisser imperceptiblement d'un comique de situation grotesque à une tragédie humaine déchirante.
    Magnifique!