sandrine57

Lectrice compulsive d'une quarantaine d'années, mère au foyer.

Contes d'Ise

Gallimard

9,00
6 janvier 2020

Monuments de la culture japonaise, les Contes d'Ise sont une succession de petits poèmes, les tanka, un peu plus longs que les célèbres haïku. Composés à la fin du IXè siècle, ils sont inspirés des écrits et de la vie d'Ariwara no Narihira, un aristocrate de l'époque Heian, issu de la lignée impériale. Mais il n'en est pas le seul auteur, l'époque étant à la poésie. On compose des vers pour exprimer son amour, sa déception, ses condoléances, ses excuses ou encore pour briller en société. La particularité des contes d'Ise est de mélanger la prose et la poésie, créant ainsi un genre nouveau. Il s'agit de contextualiser les poèmes. Un petit récit en prose vient donc présenter brièvement les protagonistes et les lieux afin d'introduire les vers.
Précieux témoignage de la tradition littéraire japonaise, ce recueil est une véritable curiosité. Il parlera peut-être moins à un lecteur occidental peu accoutumé à cette forme de littérature mais la lecture en est plaisante, quoi qu'un peu répétitive. Pas forcément à lire d'une traite, plutôt à picorer deci delà pour un bref moment hors du temps.

Maigret., La Tête d'un homme
5 janvier 2020

L'enquête avait été facile : une riche veuve américaine et sa gouvernante assassinées à leur domicile de Saint-Cloud et partout les empreintes du meurtrier. Trop facile peut-être pour le commissaire Maigret qui doute, pendant que, jugé coupable et condamné à mort, Joseph Heurtin attend son tour dans la cellule 11 de la prison de la Santé. Aussi, Maigret tente un coup de poker et aide le prisonnier à s'évader, persuadé que le pauvre bougre le mènera tout droit au véritable meurtrier. Ce faisant, il met sa carrière un danger, mais la tête d'un homme ne vaut-elle pas que l'on prenne des risques ?

Une enquête très psychologique pour Maigret qui fait face à un tueur particulièrement malin et d'une intelligence exceptionnelle. C'est une guerre des nerfs qui s'engage entre un commissaire placide et un coupable de plus en plus nerveux dont l'arrogance cède peu à peu la place au doute et finalement à la rédition.
On lit Simenon comme on regarde Bruno Crémer à la télé. C'est confortablement désuet, tranquille et presque monotone. Pourtant, les codes du polar sont là et l'auteur belge fut un formidable précurseur. Un moment formidable et nostalgique à la fois.

4, Le poids des secrets / Wasurenagusa, roman
2 janvier 2020

Au soir de sa vie, Kenji Takahashi se souvient des personnes qui ont traversé sa vie. Ses parents, d'abord, dont il était le fils unique, et qui l'ont élevé dans l'optique de faire de lui le digne héritier de leur illustre famille. Sa nourrice ensuite, Sono, douce, attachante, qui a illuminé son enfance un temps de sa présence avant d'être éloignée par sa mère car jugée ''d'origine douteuse''. Puis Sakoto sa première femme accusée à tort d'être stérile donc incapable de perpétuer la lignée. Et enfin Mariko et son fils né hors mariage, Yukio. Pour eux, ils bravent l'intransigeance parentale et rompt avec ses parents qui jugent la jeune femme indigne de leur fils. Déshérite mais enfin père de famille, Kenji va suivre le cours d'une vie illuminée par l'amour, assombrie par la guerre; un long fleuve pas toujours tranquille et qui lui réservera encore une surprise de taille quand lui sera dévoilé le lourd secret que lui cachaient ses parents.

Quatrième tome de la pentalogie d'Aki Shimazaki et quatrième voix. Ici Kenji Takahashi passe de personnage secondaire à héros principal. Cet homme discret, hésitant, raconte ici son parcours fait de hauts et de bas, le poids des traditions qui a pesé sur lui jusqu'à ce qu'il réussisse à s'en détacher pour suivre la voie du bonheur. Pondéré, obéissant, il va être transformé par son amour interdit pour une femme ''douteuse'' et sa paternité d'adoption. Le fil conducteur du récit est le Myosotis, wasurenagusa en japonais, une fleur qui signifie ''Ne m'oubliez pas'' comme le symbole des personnes qui nous sont chères et qui laissent leur empreinte malgré le temps ou les séparations.
Encore une fois, l'écriture poétique de l'auteure fait mouche. En peu de mots, peu de pages, elle sait décrire la délicatesse, la douceur mais aussi la passion et le tumulte des sentiments humains. Chaque volume est un moment magique, une parenthèse enchantée et enchanteresse. Peu à peu, les secrets, les non-dits, les hypocrisies sont mis à jour, les pièces du puzzle s'assemblent et font apparaître le tableau d'ensemble de cette formidable saga, toute en beauté et en tristesse. Une œuvre douce-amère qui se termine avec le cinquième tome, Hotaru. Les lucioles vont succéder aux myosotis... A suivre.

JE NE SUIS PAS UN GAY DE FICTION

Asahara Naoto

Akata Éditions

14,99
29 décembre 2019

Alors qu'il traîne dans une librairie de Shinjuku, Jun tombe par hasard sur Miura, une de ses camarades de lycée, en train d'acheter un manga estampillé ''boys love''. Plutôt gênée, la jeune fille lui fait promettre de garder le secret. Car si elle aime voir les amours passionnées des homosexuels s'étaler entre les pages de ses livres, elle ne tient pas à ce que cela se sache au lycée. Jun est d'autant plus prompt à promettre qu'il a lui aussi un secret bien gardé : il est gay et entretient une liaison avec un père de famille plus âgé que lui. Et même si Miura clame devant lui son amour inconditionnel pour les gays, Jun n'a pas le courage de se confier à elle. Le seul avec qui il partage tous ses secrets est Fahrenheit, un ami virtuel rencontré sur internet. Ils ont en commun leur homosexualité et leur passion pour le groupe Queen et son chanteur mythique Freddie Mercury. Au lycée, personne ne sait rien, ne se doute même de son attirance pour les hommes et il craint la réaction de ses amis s'ils l'apprenaient. Aussi, quand Miura se rapproche de lui et lui déclare sa flamme, Jun décide de se couler dans le moule en acceptant d'être son petit ami.

Dans un style moderne, souvent cru, et très explicite, Naoto Asahara raconte le quotidien d'un lycéen gay dans une société japonaise peu encline à accepter la différence. S'il s'épanouit sexuellement dans les bras d'un quadra un brin pervers, sa certitude d'être rejeté si son secret était découvert entraîne un mal être qu'il tente de dissiper en entamant une relation amoureuse avec une de ses camarades. Mais on ne peut forcer sa nature et cette tentative de ''normalité'' est un échec cuisant. Pourtant, Jun rêve de se marier et d'avoir des enfants et s'en veut parfois de n'être attiré que par les hommes. Mais il sait que dans son pays, concrétiser ce rêve passe immanquablement par une relation avec une femme. Alors pourquoi Dieu l'a-t-il crée ainsi ? Pourquoi est-il incapable de ressentir du désir pour une femme ? Pourquoi les gays sont-ils considérés comme des monstres par certains ? Comment réagiraient ses amis s'ils savaient ? Son meilleur ami continuerait-il à le saluer d'une tape sur le sexe sans arrière-pensée ? Sa mère serait-elle déçue ? Horrifiée ? Autant de questions dont il aime discuter avec Fahrenheit son correspondant virtuel, homosexuel comme lui, et comme lui victime d'une société peu tolérante.
Jun est évidemment touchant et attachant et on compatit sans peine à ses tourments qui en disent long sur le Japon qui tolère une littérature pornographique très explicite mais rejette l'homosexualité, comme d'ailleurs toute forme de différences. Pourtant, ce livre n'est pas à mettre entre toutes les mains. Les scènes de sexe sont décrites de façon très crues et certaines situations sont dérangeantes (relations entre mineurs et hommes mûrs, désir incestueux, etc.). A réserver à un public averti.

Le Chuchoteur

Le Livre de Poche

8,40
20 décembre 2019

Obsédée par les disparitions d'enfants, Mila Vasquez traque sans relâche les kidnappeurs pour retrouver les disparus et les rendre à leurs familles. Son taux de réussite est excellent et son chef l'apprécie, malgré ses prises de risque et sa volonté farouche d'opérer en solitaire. Pourtant, la jeune va devoir travailler en équipe. Ailleurs dans le pays, les hommes de l'inspecteur chef Roche, confrontés à des disparitions d'enfants, ont fait une découverte macabre : dans une clairière, cinq bras gauches, les cinq bras des fillettes disparues...plus un. Le bras d'une enfant inconnue dont Mila doit découvrir l'identité. Pour un temps, elle va donc faire partie de l'équipe de Roche qui compte quatre membres. Stern qui collecte les informations, Boris le spécialiste des interrogatoires, Rosa l'experte en informatique et le professeur Gavila, un criminologue respecté que tous considèrent comme leur véritable chef. L'intégration de Mila se fait avec difficulté. Roche est arrogant, Stern poli, Rosa hostile, Boris dragueur. Seul Gavila semble penser qu'elle peut les aider à faire avancer l'enquête. Il faut mettre un nom sur ce sixième bras et surtout retrouver les corps des fillettes. Quand soudain, par le plus grand des hasards, une des victimes est retrouvée dans le coffre d'un pédophile. Pour Roche, on tient le coupable et l'enquête est sur le point d'être bouclée. Mais les évènements vont lui donner tort.

Personnages caricaturaux, scènes gore et intrigue alambiquée. Le chuchoteur est une réelle déception qui commence comme n'importe quel thriller américain de facture correcte, s'enlise avec les enquêteurs qui suivent les fausses pistes que le tueur leur offre au gré de son plan machiavélique pour finir dans un grand n'importe quoi, à la limite du grotesque. Entre les secrets, vices, névroses et déviances des enquêteurs, l'appel à une bonne sœur medium et le concept même de chuchoteur, on a vraiment du mal à croire à cette histoire et à sa surenchère de rebondissements crées pour se démarquer des autres productions du genre.
Bourré de clichés (la femme flic qui déteste l'autre femme flic, l'orphelinat abandonné au fond des bois, le milliardaire misanthrope, l'enquêtrice spécialiste des enlèvements parce qu'elle en a elle-même été victime, etc.) et souvent sur le fil du ridicule, ce thriller a pourtant séduit les foules...Etrange !