sandrine57

Lectrice compulsive d'une quarantaine d'années, mère au foyer.

La disparue du Père Lachaise, Les enquêtes de Victor Legris

Les enquêtes de Victor Legris

10-18

7,50
9 avril 2019

Paris, 1890. Alors que Victor Legris file le parfait amour avec Tasha, son ancienne maîtresse, Odette de Valois, se rappelle à son bon souvenir en la personne de Denise, sa bonne. La jeune Bretonne débarque en effet dans sa librairie, bouleversée par la disparition de son employeuse. Adepte de spiritisme et cherchant à communiquer avec son mari mort en Colombie, Odette n'aurait plus donner signe de vie depuis une expédition nocturne dans le cimetière du Père-Lachaise. Peu convaincu Victor pense d'abord à une fugue amoureuse mais promet tout de même à Denise de faire la lumière sur cette affaire. Pourtant, au fil de ses investigations, le libraire doit bien se rendre à l'évidence : Odette a bel et bien disparu et pourrait même être en grand danger.

C'est avec beaucoup de plaisir qu'on retrouve les personnages des sœurs Korb, Victor Legris le libraire détective, Kenji son discret père adoptif, Tasha son indomptable petite amie ou Joseph le commis passionné de faits divers. La librairie ne désemplit pas et accueille indifféremment habitués, clients occasionnels et célébrités du monde des lettres. Victor y passe finalement peu de temps, toujours occupé loin de la rie des Saints-Pères par ses enquêtes. C'est l'occasion de le suivre dans le Paris de la fin du XIXè siècle avec ses ruelles pavées, ses boutiquiers, ses fiacres et ses monuments, parfois disparus aujourd'hui. Entre personnages hauts en couleurs et visite de la ville, l'enquête passe un peu au second plan. L'énigme autour de la disparition d'Odette est vite éventée et Victor n'est pas toujours très affûté dans ses raisonnements. Mais là n'est pas l'essentiel. On lit ces petits polars sympathiques pour la description érudite de Paris, la plongée dans l'Histoire et l'atmosphère qui reste bon enfant malgré les crimes. Une petite récréation.

LA DAME DE REYKJAVIK

Jonasson Ragnar

La Martinière

21,00
6 avril 2019

Hulda Hermannsdottir n'a pas eu la vie facile... De sa naissance à ses 64 ans, les drames, les peines, les deuils se sont succédé sans lui laisser le moindre répit. Mais Hulda est dure au mal et elle est restée debout, envers et contre tout. Et c'est son travail qui l'a maintenue à flots. Inspectrice chef dans la police de Reykjavik, elle a toujours mené ses enquêtes à bien, malgré les obstacles, le machisme ambiant, l'inimitié de ses collègues. Aussi le coup est rude quand son chef lui demande de prendre une retraite anticipée. C'est qu'il lui restait encore six mois avant de devoir raccrocher et elle y tenait à ces six mois qui la séparaient d'une inactivité forcée ! Mais elle doit céder la place à plus jeune qu'elle et c'est de haute lutte qu'elle obtient quinze jours de plus pour résoudre un cold case. Alors Hulda se penche sur un dossier bâclé : la mort d'une réfugiée russe en attente d'un visa. Son collègue avait conclu au suicide mais Hulda note des failles dans l'enquête et décide de creuser. Une dernière affaire avant de tirer sa révérence, un baroud d'honneur avant d'entamer une nouvelle vie, peut-être auprès de Petur, un veuf rencontré il y a peu avec lequel elle pourrait enfin briser sa solitude...

Si dans la série "Dark Iceland", Ragnar Jonasson restait dans la lignée du polar scandinave, avec "La dame de Reykjavik", premier tome de sa nouvelle série "Hidden Iceland", il a su se renouveler et se démarquer de la production nordique habituelle. Avec Hulda, son héroïne. Une femme flic proche de la retraite, maltraitée par la vie mais qui ne boit pas, ne se drogue pas, ne se plaint pas. Hulda subit et se tait. Secrète, solitaire, déterminée, elle est une héroïne plus qu'attachante au fur et à mesure que l'auteur nous dévoile les épreuves qu'elle a traversées. Un beau personnage de femme et de flic, assez insolite dans un polar. L'Islande est bien sûr très présente, cette petite île aux paysages époustouflants, ce paradis que son isolement préserve de tout. Pas tout à fait et Jonasson ne se prive pas pour critiquer ouvertement une société repliée sur elle-même et le sort qu'elle réserve aux femmes, aux vieux, aux étrangers. On découvre la misogynie, le jeunisme, le racisme d'une société qui se différencie de moins en moins des autres pays d'Europe. De quoi ressentir de l'empathie pour une Hulda qui n'a jamais été jugée à sa juste valeur parce que femme et qui est de plus en pus dénigrée parce que "vieille". Une pression constante qui lui fait commettre des erreurs, la fait douter, lui retire la fierté d'être douée dans ce qu'elle fait. On la suit avec angoisse dans sa dernière enquête, lui souhaitant de la mener à bien et de profiter de sa retraite auprès de Petur avec qui elle vit une touchante et hésitante histoire d'amitié qui pourrait devenir de l'amour. Mais pour connaître en savoir plus, il va falloir lire jusqu'au bout ce polar très réussi d'un Ragnar Jonasson au mieux de sa forme qui sait distiller le suspense tout au long d'une intrigue forte qui se finit en apothéose ! À découvrir absolument.

L'île du lézard vert
4 avril 2019

C'est dans la Havane des années 40 que Chino grandit dans l'insouciance, sous le regard protecteur d'une mère fantasque et excessive, mi-gitane, mi-juive et très andalouse. Son père, "le docteur", est un courant d'air, avocat et journaliste, coureur de jupons qui brise le cœur de sa mère éperdument amoureuse de ce castillan infidèle. S'il souffre de la relation volcanique de ses parents, Chino n'en demeure pas moins un élève brillant qui au lycée puis à l'université, va s'émanciper du cercle familial en découvrant l'amitié, l'amour et la politique.

Un roman d'apprentissage teinté du bleu de l'océan et du vert de la végétation flamboyante de Cuba. On y sent la moiteur étouffante de l'été caribéen, on y subit aussi bien les ouragans dévastateurs que la langueur des tropiques. C'est dans ce petit paradis que Chino va faire ses premières armes. D'abord au lycée où il fait la connaissance de Jacob, un juif allemand qu'il surnomme Lohengrin. Le jeune homme est érudit, sûr de lui, préoccupé de politique et lui ouvre des perspectives sur la vie et le monde. D'abord réticents, ils vont être liés par une solide amitié, teintée pour Chino de respect et d'admiration. Lors de la fête de fin d'année de terminale, il rencontre Gipsie, de vingt ans son aînée, une femme follement indépendante qui va lui faire découvrir le sexe et l'amour. Elle est riche, belle, libre et sera l'initiatrice idéale pour le jeune homme qui n'avait connu jusque là que des lycéennes candidates au mariage. Gipsie est aussi farouchement anti-communiste alors que Lohengrin a secrètement pris sa carte du parti. C'est par son entremise que Chino fait la connaissance de Manuel, un leader communiste qui rêve de révolution...
Un roman intéressant par le contexte politique de Cuba qui se cherche entre allégeance aux états-Unis et balbutiements du communisme. Chino quant à lui est un jeune homme comme les autres qui grâce à des rencontres déterminantes va grandir, évoluer, se construire. Rien de bien original si ce n'est la touche exotique cubaine. Une lecture sympathique mais pas inoubliable.

On n'efface pas les souvenirs
26 mars 2019

Une belle maison, une famille aimante, un mari attentionné, deux adorables petites filles... La vie sourit à Annabelle, épouse et mère comblée, sculptrice à ses heures perdues, rayon de soleil d'un foyer chaleureux et plein d'amour. Pourtant, lors du baptême de Violette, sa petite dernière, Annabelle ressent un malaise, quelque chose d'impalpable qui la pousse à quitter Paris pour rejoindre son père et son frère dans la maison familiale en Normandie. La fête à peine finie, elle prend donc la route avec ses filles, certaine de dîner en famille. En chemin, elle est forcée de s'arrêter dans un bar pour nourrir Violette qui crie sa faim à plein poumon. Elle confie le bébé à son aînée, juste le temps d'aller se laver les mains. Mais Violette et Zélie attendront en vain le retour de leur maman. Annabelle s'est volatilisée et les indices montrent qu'elle a été enlevée. Pour sa famille, l'angoisse commence...

Bilan mitigé après lecture de ce roman qui se veut noir mais se noie un peu dans l'eau de rose. Le monde d'Annabelle est une meringue où tout le monde est beau, riche, élégant, où tout le monde s'aime d'un amour tendre, même les enfants sont sages, bien élevés et propres sur eux. Sa maison est grande, belle, meublée et décorée avec goût et Paris est un village où l'on va acheter des gâteaux à la boulangerie du coin, le dimanche après la messe. La famille parfaite évolue dans son bonheur sucré sous l'œil bienveillant d'une domestique attachée à la maîtresse de maison depuis sa tendre enfance. Le reste est à l'avenant, entre un père merveilleux qui a su élever ses enfants et diriger son entreprise avec une égale réussite et un frère protecteur affublée d'une fiancée italienne prête à tout abandonner pour soutenir sa nouvelle famille. La Normandie est un petit paradis sur terre où il fait bon vivre et grandir, c'est la France profonde, mais version bon chic, bon genre. Au contraire du Pays basque, plus rude, plus rustique, peuplé de montagnards bourrus qui mènent une vie simple en mangeant du fromage de chèvre et des cerises noires.
Cette ambiance à la Mary Higgins Clark ne doit pas faire oublier le drame qui est tout de même le cœur du roman. Malheureusement, là encore, Sophie Renouard faute grandement en distillant des indices qui immanquablement nous font découvrir le coupable dès le début de l'histoire. Exit le suspense ! Et pourtant, on se prend au jeu et on tourne les pages avidement pour connaître le sort final d'Annabelle et sa gentille famille. On s'installe dans le confort d'une lecture fluide, sans prise de tête, assez sympathique. Puis la fin arrive et nouvelle déception. L'auteure tombe encore une fois dans la facilité et nous propose un dénouement sans panache et peu crédible.
Une lecture rapide, assez addictive malgré ses défauts.

APRE COEUR

Philippe Picquier

22,00
24 mars 2019

Elles s'appellent Christina, Stacey, Lucy ou Mande. Elles sont sept. Sept petites filles chinoises immigrées aux Etats-Unis, déracinées et réimplantées à New-York pour vivre le rêve américain. La Chine, c'était la misère, les traumatismes de la révolution culturelle, l'absence de liberté. Alors, armés de leur courage et d'une volonté de fer, leurs parents ont décidé de se faire une place au soleil dans cet El Dorado fantasmé, synonyme de richesse, de liberté, de réussite. Pour atteindre leur but, ils cumulent les emplois sous-payés, logent dans des taudis, se serrent la ceinture, font fi de leur dignité, de leur amour-propre, de leur équilibre, de leur bonheur. Et leurs enfants dans tout ça ? Ils apprennent une nouvelle langue, un nouveau mode de vie, ils affrontent le racisme et la violence ordinaires, ils essaient de toute leurs forces d'être à la hauteur des sacrifices consentis par leurs parents. Christina, Stacey, Lucy et les autres s'acharnent à grandir, à réussir, malgré la fange, les coups, les cris, les rêves trop grands de leurs parents.

Loin du cliché de l'immigré chinois docile et discret, Jenny Zhang nous livre un roman percutant, éblouissant, un véritable coup de poing écrit dans une langue crue, violente, réaliste. Elle y raconte les douleurs, les chagrins, les angoisses de fillettes chinoises prises en étau entre leurs famille bancale et la difficile adaptation dans un monde inconnu et hostile. Des existences misérables décrites sans misérabilisme, des cris et des larmes contrebalancés par une immense soif de vivre. Quand le rêve américain se fracasse contre la dure réalité, il faut encore s'accrocher à l'espoir, réussir coûte que coûte, quitte à y laisser sa santé. Des appartements sordides infestés de punaises, des voitures brinquebalantes, des vêtements d'occasion...juste des épreuves à surmonter avant la gloire. Les fillettes regardent leurs parents s'épuiser, se disputer, se reprocher l'un à l'autre leurs déboires. Elles perçoivent leurs peurs, leurs souffrances. Et doivent vivre avec l'étouffant fardeau des espoirs qu'ils ont mis en elles. Mais les violences familiales, les violences scolaires, la violence permanente d'un pays où il faut se battre pour exister, tout cela n'est rien à côté de l'amour qui affleure à chaque page. Un amour ultra-protecteur, étouffant, irrespirable mais le fondement de ces existences vouées à réussir.
Un roman plein de bruit et de fureur, dur et impitoyable, traversé pourtant de moments de grâce, de partage, d'amour. Christina, Stacey et les autres resteront longtemps dans la tête et le cœur d'un lecteur abasourdi par leur capacité à s'adapter, à se battre, à se réinventer. Une très belle découverte.