sandrine57

Lectrice compulsive d'une quarantaine d'années, mère au foyer.

Vernon Subutex 3
13 juin 2020

Certains voient en lui un gourou, d'autres juste un DJ vieillissant. Personne ne sait qui est Vernon Subutex mais le fait est qu'il a le don de faire danser la foule lors des ''convergences''organisées par sa bande. Ces soirées, minutieuses préparées, dont le lieu et la date sont tenus secrets jusqu'au dernier moment, attirent des danseurs de tous horizons pour un moment magique et déconnecté. La bande à Vernon, garde rapprochée toujours vigilante, l'entoure avec amour, parfois dévotion, toujours fidélité. La vie aurait pu suivre son cours dans l'euphorie de l'amitié, de la musique, de la liberté si Charles n'avait pas laissé derrière lui un pactole en héritage. Le clochard toujours bien chaussé a fait un testament mais la Véro, sa veuve pas très éplorée, n'est pas encline à partager le pactole. Dans la bande à Vernon, comme ailleurs, l'argent suscite la convoitise, la défiance, la jalousie et la belle harmonie vole en éclats. Encore une fois, Vernon détaché de tout, part pour une nouvelle aventure...Mais s'il réussit à tout laisser derrière lui sans états d'âme, d'autres n'ont pas ce bel esprit. Pour certains, l'heure de la vengeance a sonné.

Dernier tour de piste pour Vernon, La Hyène, Kiko, Olga, Aïcha et tous les autres...Toutes ces personnalités hétéroclites qui ont fait les beaux jours de la saga moderne de Virginie Despentes.
Percutants, fourmillants d'idées géniales, très ancrés dans la réalité de notre temps, ces trois tomes auront été une succession d'émotions, de la jubilation à la tristesse, de la colère à l'euphorie. Ce dernier tome nous rappelle un passé très récent, de l'ignominie des attentats de Charlie Hebdo et du Bataclan à la solidarité des Nuits Debout. C'est tout le talent de l'auteure de nous confronter à la déliquescence de la société dans laquelle nous vivons. Les convergences de Vernon Subutex sont un vœu pieux, l'heure est plutôt aux divergences et Despentes sait comme personne mettre le doigt sur l'égoïsme, le racisme, l'homophobie, la frivolité, le matérialisme, le sectarisme, la violence, autant de maux qui gangrènent nos civilisations modernes. Doit-on être un doux rêveur pour croire encore à la liberté, la fraternité, l'égalité, l'amitié, la communion des âmes et des cœurs ? Avec une pointe d'humour, une bonne dose de cynisme et beaucoup de lucidité, Despentes nous met en face de nous-mêmes, simples humains qui essaient de garder la tête hors de l'eau.
Sombre et plus trash que jamais, ce troisième tome clôt en beauté cette trilogie iconique.
Adieu Vernon, la Hyène, Kiko, Olga et tous les autres.
A dévorer sans modération.

10 juin 2020

Quand Tokyobibi et ses trois amies d'enfance passent une après-midi entre filles, elles grignotent, elles papotent, elles parlent de leurs chéris respectifs. Et justement, LN veut fêter dignement ses deux ans d'amour avec l'élu de son cœur. Et l'affaire est vite conclue : quoi de plus romantique qu'un voyage en amoureux pour marquer le coup. C'est l'occasion pour les quatre amies d'évoquer leurs voyages les plus marquants. D'un voyage scolaire à Paris à une escapade à Bali, en passant par un week-end à Venise, un séjour à New York ou une découverte de Tokyo, les filles se souviennent avec humour des bons moments et des déboires de leurs expériences de globe-trotteuses.

Active sur Instagram et sur son site Tokyobahnbao.com, la blogueuse et influenceuse Tokyobahnbao propose un contenu sympathique et inspirant puisqu'elle ne se contente pas de parler mode, voyage, food et déco, elle véhicule aussi les valeurs qui sont les siennes et sait aussi manier l'humour et l'autodérision. Bref Tokyobahnbao est une fille à suivre. Sur son blog ! Parce que son livre n'est pas franchement une réussite. Sur la forme, c'est plutôt agréable. Pour qui connaît son coup de crayon et a déjà croisé son avatar, Tokyobibi, nulle surprise. On retrouve ses personnages tout en rondeurs, son souci des détails (surtout vestimentaires) et son mélange intéressant de photos et dessins. Mais le fond...est indigent. Les dialogues sont niais, l'humour tombe à plat. On referme le livre avec l'impression d'avoir perdu son temps à s'immiscer dans une rencontre entre copines qui a dû être sympa à vivre mais qui, sur le papier, n'atteint pas son but de faire rire ou juste divertir. Heureusement, le tout est plié en dix minutes, on ne risque pas l'overdose de platitudes.
Un ratage pour Tokyobahnbao mais laissons lui l'excuse de la jeunesse. Le livre date de 2012, elle n'a pu que progresser...

Un pont entre les étoiles - Tome 1
7 juin 2020

Shanghai, 1936. Haru débarque en Chine où son père vient d'être muté. La petite fille se sent perdue dans cette ville bouillonnante dont elle ne connaît ni les mœurs ni la langue et Nagasaki lui manque. Sa joie de vivre revient quand elle rencontre Xing, un jeune chinois qui aime dessiner sa ville natale. Pour lui, Haru apprend le mandarin et très vite ils deviennent inséparables, parcourant les rues de la cosmopolite Shanghai. Pourtant, cette amitié n'est pas au goût de tous et les deux enfants vont découvrir que chinois et japonais sont des ennemis...

Un manga plein de poésie et de douceur malgré un sujet grave : la guerre sino-japonaise de 1937/1939.
Tout oppose Haru et Xing. Elle est japonaise, déterminée, volontiers bagarreuse, vient d'un milieu aisé et vit dans la concession japonaise. Lui est un gamin des rues, un chinois pauvre, adepte de la non violence. Mais ils ont en commun l'insouciance de l'enfance, la curiosité et l'envie de se découvrir malgré leurs différences. Leur innocence va être confrontée à la cruauté d'un monde qui veut faire d'eux des ennemis. La présence des japonais en Chine est mal vécue par la population locale méprisée par les fiers nippons. L'ambiance est délétère et les enfants ne sont pas épargnés. Les petits japonais ne rechignent pas à tabasser les enfants chinois qui viendraient se perdre dans la concession. Au grand dam d'Haru qui, lors de ses promenades avec Xing, entrevoit le sort misérable qui est réservé aux locaux.
Coup de cœur pour ce premier tome qui dévoile le talent de la mangaka Kyukkyupon. Les dessins sont tout simplement magnifiques et nous plongent au cœur de Shanghai avec un souci du détail qui rend chaque planche vivante, vibrante, animée. Haru et Xing sont très attachants et malgré leur bonheur de s'être trouvés, on sent planer une menace sur leur amitié. La guerre qui se profile va-t-elle les séparer ou resserrer leurs liens envers et contre tous ? A suivre.

L'affaire Collini
7 juin 2020

Avocat depuis 42 jours à peine, Casper Leinen est commis d'office pour défendre Fabrizio Collini qui vient d'abattre Hans Meyer, un industriel allemand dans la chambre 400 de l'hôtel Adlon à Berlin. Immédiatement deux problèmes se posent à lui : d'une part son client refuse d'expliquer son geste et d'autre part, il connaissait très bien la victime qui était le grand-père de son ami d'enfance, décédé prématurément. La loi l'obligeant à rester sur l'affaire, il entreprend de tout faire pour percer l'énigme de ce crime odieux. Hans Meyer était un honnête homme, à la tête d'une entreprise prospère, un homme sans histoires. Quant à Fabrizio, il est inconnu des services de police et avait jusque là mener la vie tranquille d'un émigré italien venu gagner sa vie en Allemagne. Alors pourquoi ce geste fou ? Pourquoi ce mutisme ? Pourquoi se refus d'être défendu ?

L'affaire Collini est a priori un polar procédural sans prétentions mais nous sommes en Allemagne et la victime comme l'accusé sont de vieux messieurs qui ont connu la guerre. C'est donc dans le passé que le jeune avocat de la défense va devoir chercher les motivations de son client. Point de mystère donc, on se doute imédiatement que l'ouvrier italien s'est vengé de quelques exactions commises pendant la seconde guerre mondiale.
En peu de pages, avec le souci d'aller droit à l'essentiel, Ferdinand von Schirach évoque ce chapitre noir de l'Histoire de l'Allemagne qui n'en finit pas de se rappeler à son bon souvenir. Lui-même avocat et petit-fils du dirigeant des Jeunesses hitlériennes, l'auteur sait de quoi il parle quand il accuse la justice de son pays d'indulgence envers les anciens dignitaires nazis. Dans son livre, il prend clairement le parti d'un accusé guidé plus par un sentiment de justice que de vengeance. Von Schirach a clairement mis le doigt sur les manquements des tribunaux allemands et des lois écrites pour disculper les criminels de guerre. Après sa parution, la ministre fédérale de la justice a d'ailleurs diligenté une commission d'enquête afin de déterminer le poids des nazis au sein même de son ministère.
L'affaire Collini, un polar captivant doublé d'un travail de mémoire qui, en plus, a fait bouger les choses en Allemagne. Une réussite exemplaire.

Les chênes d'or, roman
19,40
1 juin 2020

Au cœur de la Dordogne, Mélina Fontanel a grandi au côté de son père Jean, bordier pour les Carsac, les propriétaires terriens du village de Salvignac. De sa mère Ida, la petite fille ne connaît qu'une photographie mais elle pressent qu'un secret entoure son décès précoce. Cependant Jean, toujours prompt à lui raconter les secrets de la truffe, se ferme comme une huître quand il s'agit d'évoquer sa défunte épouse. Alors la petite Mélina interroge la terre, les chênes, son fidèle ami Pierre, le fils des métayers. Mais tous gardent le silence et Mélina devra faire preuve de patience pour découvrir les secrets qui entourent sa mère. Très proche de la nature et dépositaire du savoir de son père sur la culture des truffes, l'or noir du Périgord, Mélina devient une jeune fille puis une femme forte, terrienne, aussi bonne à dresser les chiens qu'à choisir les glands qui feront les meilleurs chênes ou à cueillir les plantes qui soignent. Elle aura son lot de peines et de joies, connaîtra la guerre, les deuils, l'humiliation d'être une femme dans un monde d'hommes, l'humiliation d'être pauvre face aux maîtres mais saura toujours garder sa fierté, sa détermination et sa conviction que c'est sur cette terre de Dordogne que se trouvent tous les bonheurs de la vie.

Christian Signol, grand maître du roman du terroir, signe ici un bel hommage à la Dordogne, la truffe noire et aux petites gens des campagnes. Mais malgré une héroïne attachante et une agréable promenade dans cette belle région de France, ce roman est une déception. L'écriture linéaire, sans saveurs, sans surprises est le véritable point noir d'une histoire qui manque aussi d'originalité. La petite paysanne humble et fière face aux nobles propriétaires arrogants et paternalistes, c'est un scénario attendu et le droit de cuissage que pense pouvoir exercer le fils de famille n'est pas non plus une nouveauté. Pourtant, on se laisse bercer par un récit qui parle à nos racines terriennes et la lumineuse Mélina participe à cet attachement.
Il ne faut pas s'attendre à de la grande littérature mais on peut, le temps de quelques centaines de pages, apprécier la ballade en Dordogne et le souvenir de ces temps anciens où l'homme vivait avec les saisons et puisait ses ressources dans la terre. Un charme désuet.