sandrine57

Lectrice compulsive d'une quarantaine d'années, mère au foyer.

Astérix 38, La fille de Vercingétorix

La fille de Vercingétorix

Editions Albert René

9,99
17 novembre 2019

A la nuit tombée, Abraracourcix reçoit la visite de deux Arvenes venus lui confier une mission : accueillir pendant quelques jours, Adrénaline, la fille de ''celui dont on ne doit pas prononcer le nom'', le temps pour eux d'affréter un navire pour la mettre en sécurité à Londinium. Car si l'existence de la fille de Vercingétorix, puisque c'est de lui dont il s'agit, est une surprise pour tout le monde au village, le secret a été dévoilé à César par le traître Adictosérix. Depuis il ne pense qu'à la capturer pour en faire une parfaite romaine. Abraracourcix promet bien sûr de prendre soin de la précieuse mais néanmoins rebelle progéniture du chef guerrier. Et c'est à Astérix et Obélix qu'il confie la tâche de veiller sur l'adolescente qui, outre un caractère bien trempé, a aussi une fâcheuse tendance à fuguer. Les deux compères vont avoir fort à faire pour juguler les envies d'évasion de la jeune fille.

Par Toutatis ! Qu'arrive-t-il à nos irréductibles gaulois ? Tel Vercingétorix à Alésia, ils ont rendu les armes devant le scénario indigent de leurs dernières aventures. C'est fascinant de voir qu'avec les mêmes ingrédients deux cuisiniers peuvent produire deux plats totalement différents. On a donné à Jean-Yves Ferri des produits de qualité et qui ont fait leurs preuves, des épices et un tour de main et une fois sa petite cuisine effectuée, il nous livre une recette sans saveurs, sans originalité. Parsemé de jeux de mots qui ne font même pas sourire et de personnages réels tombés là comme un cheveu dans un bouillon fadasse, son plat n'est pas indigeste, non, il a juste autant de goût qu'un produit surgelé. Pourtant l'idée était bonne de frotter nos héros à une adolescente rebelle mais ça ne prend pas, il ne se passe rien et on ressort déçu d'une lecture qu'on préfèrera oublier très vite. Ce qui devrait être aisé d'ailleurs.

Je suis un des leurs

Editions Nouvelle Bibiliothèque

19,00
22 octobre 2019

A l'enterrement de sa grand-mère Inès, Raùl Pontes, remarque, dans l'église, un vieil homme qu'il ne connaît pas. Quand il interroge sa mère à son sujet, il obtient de haute lutte la confirmation de son intuition : l'inconnu n'est autre que son grand-père Horacio, le mari d'Inès qu'il croyait mort depuis trente ans. Les questions se bousculent dans sa tête mais sa priorité et de quitter la Suisse et de partir pour Lyon et la résidence médicalisée où vit le vieil homme. L'accueil est froid. Dur, revêche, buté, Horacio n'a que faire de ce petit-fils qui n'est même pas capable de lui parler en espagnol, la langue de ses origines. Mais Raùl insiste. La colère de sa mère et de ses trois sœurs aînées à l'idée qu'il puisse se rapprocher de son grand-père l'incite à creuser ce secret de famille. Et Horacio qui finit par accepter sa présence lui confie une mission : retrouver son grand amour, une gitane rencontrée à la fin de la guerre d'Espagne et dont il a été séparé. Raùl ne croit guère en ses chances, pourtant, il s'envole vers Madrid pour un voyage riche en enseignements et en émotions.

Grosse déception pour ce roman dont la lecture a été une véritable corvée.
D'abord le style est...et bien il n'y en a pas. Racontée à la première personne, souvent au passé simple, l'histoire est une suite de phrases écrites en langage parlé, les dialogues sont affligeants (dis-je, lui demandai-je, etc.) et l'intrigue est cousue de fil blanc avec une histoire d'amour impossible des plus navrantes. Quant aux personnages...ce sont des caricatures : les vieux sont bougons, la belle gitane danse le flamenco, ses frères sont ignobles, les espagnols sont, soit enfermés dans leurs souvenirs de la guerre civile (pour les plus âgés), soit des fêtards invétérés écumant les rues de Madrid toute la nuit (pour les plus jeunes) et le héros est affligé de trois sœurs et d'une mère qui sont de véritables mégères, mauvaises, castratrices et cupides. Les quatre, oui. Sans parler de son ignorance. Peut-on s'appeler Raùl Pontes et n'avoir jamais eu la curiosité de se renseigner sur son pays d'origine ? Des lacunes que l'auteur se charge de combler en étalant tout son savoir sur la guerre d'Espagne et sur la ville de Madrid. De façon maladroite certes mais cela sauve le roman du naufrage car on prend plaisir à se promener dans la capitale espagnole et les pages du journal d'Horacio sont riches de renseignements sur ce conflits qui a déchiré le pays durant trois ans et sur le sort réservé par la France aux républicains réfugiés de l'autre côté des Pyrénées.
Le matériel était là : la famille, les secrets, la guerre, l'amour, mais n'est pas Almudena Grandes qui veut.

L'hiver du commissaire Ricciardi
16 octobre 2019

Naples, mars 1931, an 9 du fascisme italien. Un vent glacial souffle sur la ville, dernière offensive de l'hiver avant la douceur du printemps. Loin de ces considérations météorologiques, le théâtre San Carlo est en effervescence. Le célèbrissime ténor Arnaldo Vezzi est dans les murs pour y jouer deux pièces. Adulé des foules et grand ami de Mussolini, l'homme est moins apprécié de ses collègues qui lui reprochent ses caprices et son arrogance. Aussi, les suspects sont-ils nombreux lorsque le chanteur est retrouvé assassiné dans sa loge. En charge de l'enquête, le commissaire Luigi Alfredo Ricciardi découvre le ténor baignant dans son sang, la gorge tranchée par un éclat de miroir, les murs rouges d'éclaboussures et le manteau et l'écharpe de l'artiste curieusement immaculés. Une larme coule sur sa joue et de sa bouche sort un air de Cavalleria rusticana. Mais cela, seul Ricciardi peut le voir et l'entendre. Depuis sa tendre enfance, le commissaire voit les morts. Un don, mais aussi un poids, qui l'a rendu triste, solitaire et a fait de cet aristocrate un policier doué mais trop étrange pour être aimé de ses collaborateurs.

Malgré le froid et la mort du ténor, Maurizio de Giovanni nous convie à une belle promenade dans la ville de Naples. On parcourt avec son commissaire les rues populaires comme les quartiers résidentiels, on déguste une sfogliatella chez Gambrinus, on entre dans les coulisses du magnifique théâtre San Carlo. Mais la balade est loin d'être bucolique. Au vent glacial s'ajoutent l'ambiance maussade induite par le fascisme et les morts que voit Ricciardi. Un policier taciturne mais attachant. Si ses supérieurs ne l'apprécient pas, il peut compter sur la vieille Rosa pour s'occuper de lui à la maison et sur son adjoint Maione qui l'accompagne dans son travail. Sans cesse confronté à la souffrance et aux morts violentes, Ricciardi se console aussi en observant Enrica, sa jeune voisine, dont la vue lui apporte paix et sérénité.
Quant Vezzi, l'ami personnel du Duce, il s'avère extrêmement antipathique malgré sa voix enchanteresse. Seul le monde lyrique pleure sa disparition, son entourage étant unanime pour dénoncer son comportement déplorable envers les femmes, le personnel et les membres de la troupe. Pour enquêter au théâtre, le commissaire demande de l'aide à un passionné d'opéra qui lui dévoile les secrets de ce monde qu'il ne connaît pas.
Un whodunit classique a priori mais qui dégage un charme particulier, sans doute grâce à la personnalité de Ricciardi et à la belle ville de Naples. Premier tome d'une série, cet hiver se prolonge au printemps et on a hâte de retrouver l'univers créé par Maurizio de Giovanni.

Le syndrome du pire
9 octobre 2019

Leo Junker a beau avoir été écarté momentanément de la police, il n'en reste pas moins flic. Aussi, quand une junkie se fait abattre dans un foyer pour femmes juste au pied de son immeuble, il ne peut s'empêcher d'aller faire un tour sur la scène du crime. Il faut dire que l'homme a du temps à tuer. Mis à pied depuis une enquête des affaires internes qui a très mal tournée, lâché par sa hiérarchie, il traîne son malaise dans les bas-fonds de Stockholm, maintenu en vie par les cachets et l'absinthe qu'il avale à haute dose. Alors, quand il reconnaît un bijou dans la main de la victime, le choc est rude et le renvoie à son passé quand, adolescent désabusé et solitaire d'une banlieue difficile de Stockholm, il faisait la connaissance de son meilleur ami, l'énigmatique Grim et de sa soeur, la belle Julia.

Rencontre avec une autre facette de Stockholm, bien loin du modèle suédois souvent vanté. Christoffer Carlsson nous en montre les failles, les laissés-pour-compte, le monde de la nuit, la drogue, les trafics en tout genre.
Rencontre avec la banlieue et la ville de Salem. Rien de particulier : des immeubles, des familles dysfonctionnelles, des parents démissionnaires, ou d'autres qui essaient de faire de leur mieux. Des adolescents qui en molestent d'autres, pour se prouver qu'ils existent, qu'ils sont les plus forts, pour faire fuir l'ennui d'une vie sans perspective. Des jeunes qui prennent le chemin de la délinquance pour se faire de l'argent de poche plus facilement qu'en se cherchant un job d'été. Un quotidien entre noir et gris que traversent pourtant les éclats de l'amitié et de l'amour.
Rencontre avec un flic, Leo Junker des affaires internes, borderline, loup solitaire, dopé aux médocs et à l'alcool. En attente d'une réintégration dans la police après une opération ratée qui s'est soldée par la mort d'un collègue. Coupable d'avoir causé cette mort, coupable d'avoir été manipulé par ses supérieurs, coupable tout trouvé mais qui ne veut pas se taire, qui fouille, qui creuse, qui garde toute sa lucidité malgré l'absinthe. Coupable depuis toujours.
Un excellent livre, plus roman noir que polar. Entre passé et présent, Leo Junker s'avère un personnage faillible, torturé, passionnant à suivre, et dans les rues de la capitale suédoise, et dans les méandres de ses souvenirs. Sombre et efficace.

Le dernier des Weynfeldt
9 octobre 2019

Rien ne semble pouvoir ébranler la vie bien rangée d'Adrian Weynfeldt, le dernier héritier d'une riche famille suisse. Cet expert en art, quinquagénaire et vieux garçon, aime la routine, les habitudes, le calme d'une existence sans aspérités. Pourtant, son paisible quotidien est soudain bouleversé par deux évènements a priori sans rapport. D'abord, il croise la route de Lorena, une rousse incendiaire qui n'est pas sans lui rappeler Daphné, son amour de jeunesse. Ensuite, un vieil ami lui demande de mettre en vente "La salamandre" de Félix Valloton, dernier vestige d'une importante collection qu'il a perdue au fil des ans et de ses placements financiers hasardeux. Or, Lorena est une croqueuse de diamants et le tableau est un faux...

Coup de cœur pour ce roman, son auteur et son héros !
De prime abord, Adrian Weynfeldt n'est pas un personnage très glamour, avec ses habitudes bien ancrées, ses costumes sur mesure et sa bonne éducation. Mais il est d'une gentillesse rare avec ses amis moins fortunés qu'il aide financièrement avec beaucoup de discrétion et il sait même se montrer chevaleresque lorsqu'il s'agit de sauver une jeune femme en détresse. Car derrière cet homme timoré, poli et bien élevé qui semble se laisser mener par le bout du nez par une aventurière se cache un fin stratège, malin, déterminé et un brin cynique. Comme souvent dans les intrigues qui mêlent femmes fatales et escroqueries, le nerf de la guerre est l'argent et Adrian n'en manque pas. Il peut se permettre de se laisser dépouiller sans sourciller. En revanche, si l'on touche à sa réputation professionnelle, il se rebelle. Pas question pour lui de mettre en vente un faux tableau, même pour faire plaisir à un vieil ami. Saura-t-il se défaire des intrigants qui l'entourent ? Pourra-t-il préserver sa probité d'expert ? En tout cas, il va devoir changer ses habitudes et sortir de sa zone de confort.
Le rythme est loin d'être trépidant, l'ambiance est feutrée, les coups, même bas, sont mouchetés par la discrétion et la bienséance. Mais c'est un vrai plaisir de lecture, une immersion dans le monde des grosses fortunes suisses. Un roman au charme indéniable.