Sylvie-Jeanne B.

L'archipel d'une autre vie
par (Librairie Richer)
16 septembre 2017

Intense et captivant

Une Russie Stalinienne au bord de la guerre atomique, une traque palpitante entre un fugitif et cinq soldats dans une taïga hostile mais grandiose… Andreï Makine nous offre là un roman magnifique, à dévorer.
Sylvie Jeanne, lectrice.

De la Russie soupçonneuse de Staline ne découlent que peur et délation. Les opposants au régime (avérés ou non), les intellectuels, tous ceux qui peuvent représenter une menace pour le régime autoritaire Russe, sont jetés dans des Goulags au fin fond de la Sibérie. De ces camps d’extermination où l’on épuise, affame, viole, tue sans état d’âme, les évasions sont rares ou presque toujours vouées à l’échec… sauf une.
Une chasse à l’homme est alors lancée. Cinq soldats et un chien sont aux trousses du fuyard. Le seul impératif : le ramener vivant. La traque ne devrait pas être bien longue, quelques heures, un jour peut-être, alors les gradés décident de prendre leur temps, de savourer cet intermède loin de leur campement et de profiter des derniers jours de beau temps avant la rudesse de l’hiver. De toute façon, le prisonnier n’a aucune chance, alors à quoi bon se presser !

Dans les pas de Pavel, soldat lettré, auteur d’une thèse sur « la vision marxiste de la violence révolutionnaire » et ennemi potentiel du régime, nous arpentons une taïga grandiose, hostile et parfois infranchissable, tout en décortiquant le caractère de chacun, trouvant les ambitions, les haines et les faiblesses de ces hommes aguerris et pour certains à l’âme noire.

Dévoiler ne serait-ce qu’une infime partie de l’intrigue serait un sacrilège, donc je laisse à chacun la joie de se faufiler dans ce merveilleux roman où l’odeur de feux de bois est omniprésente et rassurante.

Check-point
par (Librairie Richer)
16 septembre 2017

Passionnant et glaçant

Dans un décor triste et gris, picté de massacres rouge sang, de peur et d’états d’âme, Jean-Christophe Rufin tisse une histoire en un huis clos angoissant, digne d’un thriller. Tous les sentiments humains y figurent, même l’amour qui teinte ce roman d’un rose réconfortant.
Sylvie Jeanne
Comment jeter un regard lucide sur une action humanitaire dans une ex-Yougoslavie en guerre quand on a 21 ans, des rêves de liberté et d’humanité plein la tête et des conflits identitaires à régler ?
Son permis poids lourd en poche, Maud décide de s’engager dans une ONG Lyonnaise « La Tête d’Or ». L’association affrète deux camions fatigués pour y transporter quinze tonnes de matériel médical, de vêtements et de denrées alimentaires destinés à un village niché au centre d’une Bosnie en conflit. Le pays est disséqué en enclaves ethniques et protégé par des check-points dangereux ou le pire peut arriver, gardés, suivant les endroits, par des paysans apeurés, des miliciens incontrôlables ou des militaires suspicieux.


Alex et Marc, deux ex-militaires qui ont servi en Bosnie en tant que Casques Bleus, Vauthier un barbouze infiltré et Lionel, le chef de l’expédition, un jeune homme qui prend son rôle très au sérieux, mais fume des pétards pour se détendre, sont les compagnons de route de Maud.

Même si les conditions de voyage sont spartiates et l’ambiance parfois étouffante dans les habitacles des camions, voire suspicieuse, les protagonistes paraissent heureux d’accomplir cette mission. L’hiver s’installe au fil des kilomètres et le froid, la pluie, puis la neige viennent compliquer la progression du convoi. Mais les révélations d’Alex sur une partie du chargement font l’effet d’une bombe à fragmentations dans cette petite communauté.

Passer d’humanitaire à hors la loi n’est pas chose aisée.

« C’est quoi, les risques, si on est découvert ? »

Du suspense et de la belle littérature.

Yaak Valley, Montana
9,10
par (Librairie Richer)
16 septembre 2017

Bouleversant et humain

Construit avec minutie, écrit dans un style à la fois poétique et cinglant, « Yaak Valley » laisse une empreinte brûlante au fond du cœur, bousculant nos sentiments, violentant nos préjugés.
Sylvie Jeanne
Les vallées interminables du Montana, ses paysages montagneux, ses canyons et ses cascades enchâssent la petite ville de Tenmile et ses environs. Un enfer au centre d’un paradis aux forêts infranchissables. Cité minière du dix-neuvième siècle, aux collines dévorées à grands coups d’explosifs pour en piller l’or, l’argent et le cuivre, Tenmile réside maintenant au centre d’une géante cavité de terre ocre, désertée par une partie de ses habitants. La misère y a trouvé un terreau fertile pour se développer et faire pousser des campements précaires, des cabanes de fortune, des mobile-homes déglingués, refuges de laissés-pour-compte de la société Américaine des années 80.
Trentenaire blond, aux cheveux longs et filasse, aux vêtements usés, Pete Snow ne ressemble en rien à l’image que l’on se fait d’un assistant social. Son aspect négligé et son comportement cool le rapprochent cependant de ceux dont il doit s’occuper. Il paraît aborder la vie avec décontraction, trouvant des solutions aux problèmes de violence, de maltraitance, de drogue et d’alcool des marginaux sans se départir de son calme ni de son intégrité.

Les cas sociaux s’enchaînent et viennent s’entremêler à sa vie personnelle. Il a encaissé trop de choses, fréquenté trop d’humains borderline comme Pearl, Debbie, Beth, Mary, s’est attaché à trop d’enfants, Cecil, Katie, Benjamin, tout en délaissant sa propre fille.

Alors une fracture se creuse en lui. Il prend conscience de sa propre dérive, de son alcoolisme, de ses déboires sentimentaux, de son échec en tant que père. La vie semble le tirer vers le bas, irrémédiablement, inéluctablement. Luke est en cavale, Rachel fait une fugue, son père décède, sa petite amie se prostitue, les agents de l’ATF et du FBI le harcèlent…

Un roman crépusculaire qui annonce un lendemain difficile.

Pandemia
par (Librairie Richer)
16 septembre 2017

EFFRAYANT

Thriller implacable, faits scientifiques avérés, « PANDEMIA » déclenche des frissons d’horreur mais vous pousse à aller jusqu’au bout. Hypocondriaques et phobiques, s’abstenir !
Sylvie Jeanne

Quand on est microbiologiste à l’Institut Pasteur, que l’on manipule des microbes dangereux toute la journée et que l’on est mariée à un chercheur atteint d’un syndrome d’immunodéficience, le SIDAA, rien n’est simple. Pour que leur amour puisse exister, Camille et Phong vivent dans un immense loft, cloisonné de vitres en Plexiglas transparents et incassables. Les germes n’ont aucune place chez eux.

Mais voilà que des cygnes sont retrouvés morts, contaminés par la grippe H5N1. L’affaire est confiée à Camille et arrive sur les bureaux de Franck Sharko et de Lucie Henebelle, un couple de flics du 36 quai des Orfèvres. Au même moment, un virus informatique détruit toutes les données des ordinateurs de la brigade et le microbe de la grippe (hivernale ?) décime une partie du personnel.

Si le virus de la grippe aviaire a muté et peut désormais se transmettre à l’homme, l’heure est grave. La pandémie n’est plus qu’une histoire de semaines, de jours peut-être. Sharko se retrouve pratiquement seul à mener une enquête difficile ou se mélangent meurtres ignobles, rituels sataniques dans les tunnels sombres des égouts de Paris, sécurité biologique, élevages de porcs intensifs et contaminés en Pologne, puces porteuses de la peste…

*Qui est l’homme vêtu tel un « médecin bec » du XIVe siècle ? Qui est CrackJack ?

*Que font ceux qui utilisent le navigateur SCRUB et s’immergent dans le Darknet ?

*Qui est cet intouchable homme en noir ?

« C’est juste le délire d’un taré qui se prend pour Dieu ».

Extrêmement bien documenté, ce thriller effrayant ressemble à s’y méprendre à une réalité annoncée. Le moindre toussotement dans les transports en commun vous met dans tous vos états, le moindre postillon vous donne des hauts le cœur et l’achat de désinfectant en bidon de 5 litres vous semble inéluctable. Brrrr !!!!!

Les bottes suédoises

Mankell, Henning

Points

7,90
par (Librairie Richer)
16 septembre 2017

TOUCHANT

Le dernier roman d’Henning Mankell est un merveilleux récit vibrant d’amour et de mélancolie.
Sylvie Jeanne

Quand les estivants sont partis, que les derniers voiliers ont quitté le port, l’île de Lundberg et celles qu’ils l’entourent, redeviennent silencieuses. Maintenant, le long hiver glacial peut s’installer et la neige tomber en abondance sur la mer Baltique.

En pleine nuit, la maison des grands-parents d’un chirurgien à la retraite, vieux bougon soupçonneux et solitaire, est victime d’un incendie. Fredrik n’a que le temps d’enfiler un vieil imper noir et de chausser des bottes, toutes deux de pied gauche, avant de sortir pour échapper aux flammes qui dévorent son passé.

Jansonn, ancien facteur et curieux maladif, vient lui donner un coup main. Mais le feu a dérobé tous ses biens terrestres. Il ne possède plus rien. Que la vie… et la caravane de sa fille posée dans le fond de son jardin et miraculeusement épargnée par le feu.

Dans cet habitat précaire, il s’interroge sur sa vie, sur la vieillesse qui ne lui laisse que quelques années de vie indépendante sur son île, sur son devenir. Il s’interroge également sur sa fille, Louise, qui a quarante ans et qu’il connait à peine.

Dans l’unique magasin du port, Fredrik s’achète de quoi se vêtir avant d’aller chez le marchand de chaussures commander des « Tretorn », des bottes suédoises.

Sa rencontre avec une journaliste, jeune et belle, Lisa Modin, venue faire un article sur la catastrophe qui l’a frappé, va lui permettre de reprendre le fil de sa vie. L’espoir va luire de nouveau dans son cœur rabougri. Mais la police le soupçonne d’avoir incendié sa maison pour en toucher l’assurance et sa fille est arrêtée à Paris pour vol. Il doit se battre. Une nouvelle vie commence…