Sylvie-Jeanne B.

Les huit montagnes
par (Librairie Richer)
16 septembre 2017

Amitié et Beauté

Partir à l’assaut des montagnes Italiennes en espadrilles, tout en sirotant une boisson fraîche... c’est ce qui vous attend si vous suivez les sentiers tortueux d’une amitié éternelle, gravée sur la roche de Grana, dans le val d’Aoste.
Sylvie Jeanne, lectrice.

En voilà une belle balade ! Vous n’avez rien d’autre à faire qu’à vous installer confortablement dans votre hamac pour lire ce poétique roman. Dès les premières lignes vous êtes aspiré dans les pas d’un père et de son fils en pleine ascension d’une montagne, un sac sur le dos.

« Avec lui, il était interdit de s’arrêter, interdit de se plaindre de la faim de la fatigue ou du froid… »

A Milan, l’appartement qu’habitent le couple et leur fils est étouffant et bruyant en été, alors ils décident de louer une petite maison aux pieds des montagnes pour y passer leurs vacances.

« Nous l’empruntâmes au mois de juillet, l’année 1984. Dans les prés ils faisaient les foins. Le vallon était plus vaste qu’il n’y paraissait vu d’en bas, tout n’était que bois côté ombre et cultures en terrasses au soleil… »

La mère reste à lire, préférant les trois milles mètres de ses Dolomites aux sommets enneigés que le père, infatigable, grimpe avec allégresse, tandis que leur fils, Pietro, se lie d’amitié avec un jeune berger de 11 ans.

« Le reste de juillet, il ne se passa pas un jour sans que nous nous voyions. Soit j’allais le trouver au pré, soit Bruno tirait un fil autour de son troupeau, le branchait à la batterie d’une voiture et débarquait dans notre cuisine… »

L’amitié n’a pas besoin de beaucoup pour fleurir dans le cœur des enfants et perdurer avec les années.

Une aventure alpestre aux paysages vertigineux, aux sentiments forts.

Le gang des rêves
par (Librairie Richer)
16 septembre 2017

Vibrant et Coloré

Une fresque sombre, mais teintée des couleurs de l’espoir et de l’amour.
Prévoyez, dès à présent, une ou deux journées de RTT pour « visionner » ce livre magnifique sur le rêve américain du début du siècle dernier.
Sylvie Jeanne, lectrice.

Le fruit de son viol tendrement pressé contre son cœur, Cetta regarde s’éloigner son Italie natale, au travers d’un hublot rouillé.
Alors, tout simplement, sans nous en rendre compte, nous embarquons avec elle. Nous traversons l’océan dans la souffrance, nous voyons le rêve américain se profiler avec la torche de la statue de la Liberté et arrivons exténués en Amérique. Puis, au milieu des miséreux, nous faisons la queue pour passer au bureau fédéral de l’immigration et tremblons que l’on écrive à la craie dans le dos de la jeune femme :
« C pour la tuberculose, H pour le cœur, SC pour les maladies du cuir chevelu, TC pour le trachome, X pour le retard mental. Ceux qui avaient une lettre étaient pratiquement foutus : c’était le retour à l’envoyeur. »

Enfin bref, nous partons pour une aventure de 700 pages (944, en édition Pocket) qui ne peut que nous émouvoir par son réalisme. Les personnages paraissent si réels que nous avons peur pour le devenir de Cetta, tremblons pour Christmas, pleurons pour Ruth, avons une certaine tendresse pour Sal et de la haine, pure et dure, pour Bill, un violeur doublement parricide. Un vrai méchant.

« Ruth tenta de se défendre mais Bill lui asséna un coup de poing en plein visage. Et puis un autre, et un autre encore. »

Nous sommes impliqués de la première à la dernière phrase et nous baignons au milieu des eaux troubles de la mafia. Dans la jungle humaine qu’est New-York au début du 20ème siècle, il est préférable d’être prédateur que proie et surtout d’être intelligent, comme Christmas, pour se sortir du bourbier de la rue.

« -Tu leur prends un dollar et tu leur donnes un espoir, affirma Christmas.

- Alors il faudrait que je trouve mille nègres prêts à acheter un morceau de radio ? »

Les fondations de l’Amérique sont contenues dans ce livre. Elles ont été bâties sur le mélange de sueur et de sang de tous ces immigrés venus du monde entier, de tous ces nègres, et tous ceux qui sont partis de gré ou de force, à l’assaut de cette terre lointaine pour en faire une grande nation.

No Home

Calmann-Lévy

21,90
par (Librairie Richer)
16 septembre 2017

Bouleversant et Intense

Une saga bouleversante sur la traite des noirs, retraçant la destinée de deux femmes, Effia la beauté et Esi, et de leurs descendants. Une écriture colorée et poétique qui reste en mémoire, comme marquée au fer rouge.
Sylvie Jeanne, lectrice.

J’ai mis un temps fou avant d’ouvrir cet ouvrage tellement le sujet traité me paraissait terrible. Et puis je l’ai pris, restant des heures à le dévorer, tellement il est bien écrit.
Sur trois siècles, de génération en génération, Yaa Gyasi nous invite à partager l’existence épouvantable de ces hommes, de ces femmes et de ces enfants qui ont été déracinés de leur pays, la Côte d’Or (le Ghana), pour être vendus à de riches propriétaires, afin de travailler dans des champs de coton, des mines de charbon ou en tant que domestiques. « Les hommes se mirent à déshabiller ceux qui portaient encore des vêtements, et les inspectèrent. Dans quel but ? Esi l’ignorait. »
Des millions de personnes sont mortes durant les transports en bateaux, sous les coups de fouet de leurs asservisseurs ou d’épuisement, sans que le monde ne s’émeuve vraiment de ce carnage.

« La façon dont ils traitent les esclaves, mon frère, avait dit David, c’est atroce. Invraisemblable. Nous n’avons pas d’esclavage comme ça ici. Pas comme ça. »

A pourtant, au centre même de l’enfer, la petite fleur qui germe en chacun de nous, l’Amour, ce baume guérisseur est là pour permettre à la vie de se reproduire, d’aller plus loin, de connaître l’espoir.

« Il la soulève si facilement, qu’elle a l’impression d’être une de ces poupées de chiffon qu’elle fabrique pour les enfants. Elle n’a jamais connu d’homme auparavant, mais pour elle Sam n’est pas un homme. Pour elle, il est devenu quelque chose de beaucoup plus grand qu’un homme, la tour de Babel personnifiée, si proche de Dieu qu’elle risque de s’effondrer. »

La barbarie des hommes a du mouron à se faire tant l’énergie de l’AMOUR est puissante, car elle ne peut être ni endiguée ni retirée du cœur humain.

La réalité toute nue sur la traite négrière et ses conséquences, de villages ashanti au ghetto de Harlem, sans jugement, sans apitoiement. Juste des faits terribles, ceux qui vous tirent les larmes des yeux et vous serrent les tripes.

« Pire qu’un mort, vous étiez un mort qui marche.»

En attendant Bojangles
par (Librairie Richer)
16 septembre 2017

Innocence et Sublimité

La folie peut-être légère et vécue comme un cadeau du ciel, surtout pour un enfant.
Afin que l’enchantement soit parfait, écoutez la voix profonde de Nina Simone interprétant « Mister Bojangles » et vous vivrez un moment tout simplement sublime.
Sylvie Jeanne, lectrice.

L’atmosphère enchanteresse d’un grand appartement, un disque qui tourne en égrainant la voix chaude de Nina Simone et un couple heureux qui danse devant leur petit garçon, sous le regard halluciné d’un échassier imprévisible, « Mademoiselle Superfétatoire ». Voici un monde extravagant, plein d’une fraîcheur candide, qui donne envie de reprendre le sien pour y glisser un brin de folie.

L’ami de la famille, qui est appelé tendrement, « L’Ordure », est sénateur et carbure au Caipiroska, un cocktail détonnant qui fait que la fête est toujours joyeuse quand il est là.

Ayant fait fortune en ouvrant des centres de contrôles techniques pour automobiles, Georges offre à sa femme, quelque peu déjantée, une vie de rêve où recevoir une foultitude d’amis, danser et boire des cocktails surmontés d’ombrelles, font partie du quotidien.

« - Donnez-moi le prénom qui vous chante ! Mais je vous en prie, amusez-moi, faites-moi rire, ici les gens sont tous parfumés à l’ennui ! avait-elle affirmé en s’emparant de deux coupes de champagne sur le buffet. »

Mais un jour sa folie s’aggrave et elle met le feu à l’appartement. Il ne reste qu’une photo pour témoigner de leur bonheur.

« Elle n’était pas particulièrement réussie, pas vraiment belle, c’était l’Ordure qui nous avait pris tous les trois avec Mademoiselle sur la terrasse en Espagne. On y voyait Maman, perchée sur la rambarde en train de rire aux éclats, avec ses cheveux sur le visage, tandis que Papa tendait le doigt vers le photographe, sans doute pour lui dire de ne pas faire comme ça, et moi je fermais les yeux en me grattant la joue à côté de Mademoiselle Superfétatoire qui tournait le dos, parce que les photos ça lui passait au-dessus de la tête… »

Et le diagnostic est posé : «… les médecins l’avaient accablée de tout leur savant vocable pour désigner les fous à lier »…

Deux narrateurs, l’enfant et le Papa, deux prismes différents, mais une vision du monde extraordinaire. Devenir fou d’amour pour accompagner la folie ? Quel merveilleux programme!

L'Affaire Isobel Vine
par (Librairie Richer)
16 septembre 2017

Magistral et incisif

Vous rêvez de sortir des sentiers battus de la littérature policière et d’y découvrir un nouvel auteur ? De lire un excellent policier ?
Prenez celui-ci, vous ne serez pas déçu.
Sylvie Jeanne, lectrice.

Au regard de Darian Richards, Melbourne n’est pas uniquement la capitale sportive et culturelle de l’Australie, elle est aussi une ville redoutable, dangereuse, porteuse de crimes et de faits divers dramatiques. Il ne peut pas y déambuler sans qu’une histoire terrible ne lui revienne en mémoire.
Marqué au fer rouge par un passé douloureux, il n’hésite cependant pas à quitter sa retraite anticipée au bord d’un lac pour mener l’enquête « sensible » que lui propose le commissaire Copeland Walsh : résoudre une affaire, vieille de vingt-cinq ans.
Classée sans suite, la mort d’Isobel Vine, une jeune fille retrouvée pendue à un crochet derrière une porte, doit être élucidée pour blanchir un ancien collège, Nick Racine, afin qu’il devienne le nouveau commissaire.

Une enquête ardue de flic sur les flics. Elle correspond très bien à ce policier incorruptible, implacable, justicier.

« J’ai abattu – même si exécuté serait peut-être un terme plus approprié – un certain nombre d’hommes en mon temps, et ils méritaient tous une mort prématurée, non parce que j’étais déterminé à me venger ou à faire justice, mais pour mettre un terme à leur capacité à anéantir la vie des autres. »

Tels des chercheurs d’or, Darian Richards et son équipe, Maria et Isosceles, creusent. Ils retournent la terre malodorante des secrets, fouillent dans un terrain qu’ils savent miné, en prenant des gants.

«Je ne pouvais pas m’imaginer demandant l’assistance du chef de la Criminelle, du chef de la brigade des stups, ou du commissaire assistant Racine, dont aucun ne voulait vraiment voir Stone, ce souvenir du passé, débarquer dans une salle d’interrogatoires du QG. »

Une enquête passionnante, avec des rebondissements, une foule de suspects, une intrigue bien ficelée, une enquête qui sent le soufre et les règlements de comptes.

Un roman addictif de 413 pages que l’on achève à regret. Une nouvelle façon de concevoir l’écriture d’un polar ? Je le pense.

Une suite est à souhaiter.