Mirontaine sta leggendo

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A l'abandon

Naïve

25 octobre 2010

A L'abandon est un court texte de Laurence Tardieu, illustré par Aude Samama.

Une femme est allongée dans l'herbe. Elle va lâcher prise avec le quotidien, s'abandonner à la rêverie.

On se laisse emporter par les rêveries de cette femme. Mais rêve-t-elle vraiment? Est-ce les réminiscences de son enfance? Elle nous fait part de ses peurs mais la peur c'est l'envie. Alors on a l'envie de suivre cette femme nous raconter ses souvenirs. La plume de Laurence Tardieu, que je découvre, est très subtile et poétique. Les confidences à l'abandon de cette femme sont des bulles qui prennent leur envol et nous émeuvent.

Du rêve à la réalité, du visage de la mère nourricière et bienveillante à celle de l'homme aimé, du vent des vagues qui l'emportent.

Très joli texte subtilement mis en images par Aude Samama. Les illustrations sont assez feutrées, les visages sont flous. Une manière de représenter cette femme tout en laissant libre cours à notre imagination.

Les Tendres plaintes, roman
13 octobre 2010

Quel bonheur de lire ce livre. Je l'ai emporté partout avec moi lors de mon séjour parisien. C'est au Jardin du Luxembourg que j'ai quitté Ruriko, Nitta et Kaoru.

La narratrice, Ruriko, vient apaiser ses peines dans un chalet familial au coeur de la forêt. Elle exerce le métier de calligraphe et souhaite profiter de ce moment de repos pour terminer la biographie d'une vieille dame.

Par une nuit de tempête, elle rencontre ses voisins. Kaoru, l'assistante de Nitta, facteur de clavecin. Le silence de Nitta intrigue et charme Ruriko. S'installe alors un huis-clos entre ces trois personnages touchés par un passé sentimental douloureux. Ruriko a quitté son mari infidèle, la femme de Nitta l'a quitté et Kaoru s'est enfuie de Nagasaki, après avoir perdu son compagnon de manière affreuse.

Ce roman publié au Japon en 1996 est un condensé remarquable des leïtmotivs chers à Ogawa: l'importance de l'écriture sous toutes ses formes, le retrait du monde et sa course infernale et puis quelques références communes à d'autres oeuvres notamment les doigts qui rappellent L'Annulaire. Les paysages sont magnifiques, une grande quiétude s'échappe de cette jolie prose. Le regard porté sur la nature, sur ses sonorités, la magie des nuits, la solitude des individus donnent au récit beaucoup d'intensité.

J'aime beaucoup les romans où la description l'emporte sur l'action et je suis vraiment charmée par l'art d'Ogawa. Le thème du huis-clos et du refuge ont attiré mon attention. C'est un petit bijou sur l'air des "Tendres plaintes" de Jean-Philippe Rameau. On trouve beaucoup de douceur dans ce livre. Ogawa offre une belle description de l'art sublimé de fabriquer un instrument: le clavecin. La musique est omniprésente.Un doux moment de lecture.

Traduit du japonais par Rose-Marie Makino et Yukari Kometani.

Alice Kahn

Éditions Allia

6,20
13 octobre 2010

Intriguée par l'article paru dans les Inrockuptibles, je me suis laissée tenter par ce premier roman de Pauline Klein Alice Kahn. Voici un petit roman bien singulier. Une fille se fait passer pour une autre et déjoue les pièges de l'identité. Pauline Klein semble s'amuser tel un marionnettiste avec ses personnages.

La narratrice d'Alice Kahn semble inexistente, transparente comme une page blanche à noircir, une enveloppe vide à remplir. Elle se croit invisible jusqu'à sa rencontre fortuite avec William Stein, un photographe. Ce dernier la prend pour une autre, celle qu'il attend Anna. La narratrice décide de devenir cette autre. "Anna" devient alors l' image d'elle-même , magnifiée et fantasmée. Anna devient une oeuvre en cours, elle la façonne comme un artiste crée son oeuvre. Un véritable trompe-l'oeil qui prend place dans un cadre. Le monde de l'art contemporain est évoqué avec beaucoup d'ironie, un monde que Pauline Klein a fréquenté lors de sa sortie de l'école d'art Central Saint Martins de Londres.

La fiction et la réalité se confondent, les personnages comme des poupées matriochkas s'emboîtent. Pauline Klein brouille les frontières, se joue de la réalité.

"Je suis devenue cette fille, je vais m'y habituer, et lui aussi. Il remplacera ses mains par les miennes, ses souvenirs par les nôtres. Il retouchera l'image, le sens et les détails. Il va me confondre, me fondre dans son décor. Je jouerai à celle qui s'y sent bien, jamais à ma place; je remonterai sa pente, à la recherche de ce qu'il a connu, en essayant de ne ressembler à rien d'autre."

Véritable prouesse dans ce premier roman très fantaisiste qui rappelle le temps de l'enfance. La narratrice s'absente d'elle-même et devient celle qu'elle magnifie. Anna devient chef d'oeuvre, son portrait une fois encadré disparaît. D'une femme transparente, elle devient celle qu'on encadre et qu'on admire.

"Elle est devenue tout ce que je n'étais pas, et tout ce que je voulais être".

La quatrième de couverture "...mais je dépose des traces de ma présence." est un très bel écho à ce premier roman très singulier. Très belle plume originale que je vous invite vivement à découvrir. J'aime beaucoup cet univers fantaisiste et le portrait de l'auteur dans cette vidéo diffusée par Médiapart me séduit beaucoup.

En attendant la montée des eaux, roman
13 octobre 2010

Babakar Traouré est médecin.C'est un homme taciturne qui vit en Guadeloupe. Une nuit,il est réveillé par Movar. Une femme vient d'accoucher et meurt dans les suites de couche. Très vite, Babakar décide d'adopter la petite Anaïs.

Ce livre est déroutant par son ampleur. La polyphonie narrative donne à chacun la possibilité de conter son enfance, de nous livrer son parcours de vie. Maryse Condé, auteur guadeloupéenne, a choisi pour cadre l'Afrique, la Guadeloupe et Haïti.

Babakar Traouré décide de partir à la découverte des origines de la petite fille en Haïti. Un sublime périple s'ouvre teinté d'atrocités dans cette île torturée. Babakar est en quête de vérité. Certains chapitres retracent l'histoire de son enfance, les réminiscences d'une mère mystérieuse aux yeux bleus affleurent . Ce personnage de Thécla, la sorcière, est envoûtant. C'est un véritable guide post-mortem pour Babakar: croyance ou sorcellerie?

Le récit mêle souvenirs, croyances, l'âpreté de la vie. Beaucoup de retours en arrière ont perturbé ma lecture. J'ai appris beaucoup sur Haïti, ce pays ravagé par les dictatures et les guerres civiles.

Maryse Condé offre un récit complexe à plusieurs voix. Beaucoup d'humanité émane de cette histoire qui prend place dans une atmosphère si sombre entre l'Afrique et les Antilles.

La narration est complexe mais offre cet espoir d'une belle humanité en ce milieu hostile.

L'éternité n'est pas si longue
19,30
13 octobre 2010

"Si je veux dormir dans un monde si décevant, je n'ai d'autre choix que de me raconter des histoires comme si j'étais mon propre enfant."

C'est Nora qui s'exprime. Nora a la trentaine. Elle a survécu à la mort et poursuit sa route avec un certain mal de vivre.

Elle nous livre ses interrogations, futiles, frivoles, pertinentes tandis qu'une épidémie de variole sévit. Son attrait pour la mort devient trivial, banalisé par les évènements.

Fanny Chiarello évoque avec un style très particulier cette humanité bouleversée. En choisissant le microcosme de la colocation à Socorro, Nora et ses amis offrent un ultime espace-temps de partage fraternel.

La force de ce roman réside dans la capacité de l'auteur à mettre en place un personnage très atypique. Nora, de nature mélancolique, s'interroge sur le monde. La manière de livrer ses pensées comme une tempête sous un crâne m'a fascinée. Les pensées telles des bulles, se posent délicatement sur ses lèvres parfois, sur ses carnets d'écriture et cette ébullition est surprenante.

Nora, rescapée du coma, a une perception de la vie et de la mort très particulière. Elle est tour à tour fragile mais lucide sur notre monde. Plus l'épidémie sévit, plus Nora se concentre sur ce gynécée cérébral et se coupe littéralement du monde extérieur.

J'aime beaucoup l'humour du personnage sous la plume de Fanny Chiarello.…A la fin du roman, le réel et l'imaginaire se superposent.

« Je me souviens de l’amour. L’amour est l’une des créations de l’esprit auxquelles j’ai autrefois adhéré avec le plus de hargne. Il s’agit en substance de porter son attention sur une personne (avec ce manque de discernement que, par élégance, on appelle plutôt intuition) et de la plier minutieusement de manière à la faire entrer dans un costume dont on a dessiné le patron dans le noir. Une discipline que je situerais quelque part entre la prestidigitation d’Houdini et l’origami de compétition. »

Fanny Chiarello est née à Béthune en 1974, elle a publié plusieurs textes dans des petites maisons d'édition.