Mirontaine sta leggendo

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Darling River, les variations Dolores

les variations Dolores

Stock

20,80
27 juin 2011

Darling River est une variation autour du personnage de Nabokov, Lolita.

Lo a treize ans et parcourt avec son père les routes à bord d'une vieille jaguar le long du Darling River. Le périple semble apocalyptique. Les décors sont vides, la terre aride et les forêts en feu.

Dolores, un autre personnage, est la vraie Dolores Haze de Nabokov. Sara Stridsberg imagine sa mort en Alaska, tandis qu'elle donne naissance à un enfant.

Autre personnage avec cette jeune chimpanzé dont un scientifique français tente de lui apprendre le dessin au Jardin des Plantes. Cette histoire est la source selon Nabokov de son roman Lolita.

Dernier personnage, avec cette femme énigmatique qui sillonne les autoroutes proches de la ville, serait-elle la mère que recherchent Lo et son père?

Le récit se veut amoral même si l'atmosphère est décrite avec beaucoup de légèreté. Ce roman offre une variation sur le thème de l'instinct maternel sous couvert de l'ambivalence entre les personnages.

Le regard est assez abrupte sur le monde de l'enfance et la décrépitude du genre humain. Le thème du sordide et du laid n'est pas vraiment ma tasse de thé mais je dois avouer que je me suis laissée charmer par cette plume poétique surprenante. Sara Stridsberg réussit à creuser au plus profond de l'âme humaine dans cette Amérique décadente. Un bon roman sur l'amour, le féminisme, la chair et les variations Dolorès. Dolores veut dire douleur. Selon Stridsberg, la femme serait condamnée à la douleur, celle d'enfanter, d'être fille, mère et amante. La femme apparaît comme un animal dépecé.

« La sage-femme passe le rasoir sans penser qu'entre les jambes de Dolorès toujours hâlées et gluantes et tremblantes et nues enfle une bulle de chewing-gum rose et que dans sa tête un parfum de fraises et de soleil et d'espérances explose. »

Roman surprenant qui me donne l'envie de découvrir "La faculté des rêves" paru en 2009.

Roman traduit du suédois par Jean-baptiste Coursaud, Stock, mai 2011.

Je remercie la Librairie Dialogues de Brest pour cet envoi.

Pas ici, pas maintenant
2 mai 2011

(Café Bicerin, boisson piémontaise originaire de Turin, préparée à partir d'expresso, d'une pâte chocolatée chaude et de crème servis dans un verre.)

Un homme de soixante ans croise dans la vitre d'un bus sa mère. Le visage de sa mère est celui de sa trentaine. « Le possible est la limite mouvante de ce qu'on est disposé à admettre ». Il s'adresse à sa mère et évoque son enfance et son adolescence à Naples. La parole d'Erri de Luca est très touchante.

Il raconte des petits souvenirs de son enfance, bercée dans un quotidien initiatique et déréglé(le bégaiement du narrateur, les lapsus, les jouets qui se brisent). Il évoque les enfants battus à l'époque, puis ses joies auprès de Filomena, la domestique. Il n'a pas connu les violences physiques mais les remontrances verbales étaient son pain quotidien d'enfant bègue « Jevvveux pas des mots ».
"Entre mère et fils le progrès n'existe pas, la civilisation n'évolue pas : les mots seront toujours réduits et ne seront que des mots, rares, préservés. Ils ne remplacent rien, ni les coups, ni les caresses."
Récit d'une enfance napolitaine où la mémoire ne console pas.La ville de Naples est baignée d'une lumière blanche, elle semble dénudée et privée de ses atours baroques.
Pas ici, pas maintenant n'est pas une évocation nostalgique, mais un « livre abrupt et fier » sur le monde et l'enfance et les réminiscences des gestes tendres d'une mère.

(Première parution en français aux Editions Verdier en 1992 sous le titre Une fois, un jour)
Non ora, non qui, 1989
Traduit de l'italien par Danièle Valin

Où on va, papa ?
6,70
28 avril 2011

Le narrateur, Jean-Louis Fournier, a deux enfants handicapés. Tout au long de ce cours roman, primé en 2008 pour le Prix Femina et en 2010 pour le Prix des Lecteurs, il raconte cette réalité quotidienne avec ses deux fils.

A travers son regard de père, il écrit une longue lettre d'amour, sans véritable destinataire, puisque ceux pour qui cette lettre est écrite ne pourront jamais en apprécier la teneur. C'est une formidable leçon de vie, teintée d'un humour cocasse et caustique propre à Jean-Louis Fournier. Pas de mélodrame mais des phrases justes, incisives qui bousculent nos préjugés et touchent le lecteur. L'humour est corrosif mais nécessaire pour affronter la réalité d'un quotidien peu banal entre Mathieu et Thomas. « Où on va papa? », cette phrase est inlassablement répétée par Thomas, tandis que son frère Mathieu jette un ballon, seul lien créé entre ses parents et lui pour établir un contact. Réalité et vérité sont les deux maîtres mots de ce petit roman. Certes, l'espoir d'un bel avenir pour ces deux fils est vain, vivre une existence paisible devient difficile. Seul l'humour pourra embellir cette leçon de vie. Là où certains lecteurs soulignent la cruauté des propos de Jean-Louis Fournier, je ne relève que poésie et infinie tendresse pour Mathieu et Thomas.

La Reine des mots

Armand Cabasson, Armand Cabasson

Flammarion

11,50
22 avril 2011

Jenny est une bonne élève, une jeune fille passionnée par les livres. Elle a une vie équilibrée entre un papa enseignant à Polytechnique et une maman enseignante en lettres classiques. Tout semble aller pour le mieux, du moins en apparence. Le semblant d'équilibre périclite le jour où Jenny casse volontairement une canalisation de son lycée, active l'alarme incendie et une commande internet sur la carte de son père. Elle est orientée vers la psychologue scolaire puis vers un psychiatre. Comment va évoluer cette reine des mots? Jenny est la narratrice et au fil des pages, on prend connaissance de la tempête sous son crâne. Son psychiatre lui prescrira des ordonnances de lecture. Ces lectures qui vous emmènent sur des chemins de traverse, qui ne sont que le reflet de notre propre vie. Un père qui protège un vieil exemplaire du Petit Prince et révèle dans le cabinet du psy:

« C'est comme si j'avais porté un masque depuis trop longtemps. Je vais au travail, j'enseigne, je plaisante avec mes collègues, je bouge, j'agis...Mais je porte un masque. Cet homme que tout le monde voit, ce n'est pas moi, c'est quelqu'un d'autre. Je suis un acteur qui joue un rôle. Tout dans ma vie a l'air de fonctionner normalement, les gens autour de moi ne se rendent compte de rien... Pourtant, ce n'est pas moi, c'est quelqu'un d'autre qui me ressemble.

Seulement, sous un masque, au bout d'un moment, on commence à suffoquer. Alors j'ai décidé de l'arracher, pour respirer un peu mieux... »

Un très bon roman, même si les vicissitudes d'esprit de Jenny apportent quelques longueurs dans la narration, elles sont utiles pour mieux comprendre cette reine des mots. Un personnage très proche de ceux de Maud Lethiellieux qui apporte beaucoup de fraîcheur, d'humour et de légèreté.

La reine Alice
22 avril 2011

Voici un conte élégant et bouleversant, pas simplement l'histoire triste sortie de l'esprit d'un être qui a souffert inutilement. Face au miroir, la reine Alice découvre une boule sur un sein... un crabe sous le rocher. Alice passe dès lors de l'autre côté du miroir. Elle entre dans un monde dénué de confort où l'ordre des choses est inversé.

Elle doit consentir par obligation pour chasser l'intrus et sublimer ce crabe en le transposant au pays des merveilles. Alice épouse le déséquilibre, elle cherche des forces alliées sur ce sentier jalonné de piques cruelles. Son périple l'emmènera dans le labyrinthe des agitations vaines puis dans la forêt du pas à pas de la convalescence. La reine Alice , comme un funambule sur son fil*, traverse de l'autre côté de soi. Elle croisera sur ce fil de la vie un ver à soie alias Cherubino Balbozar, une licorne qui lui offre un attrape -lumière (les photos vestiges du temps), sa fidèle amie la plume- stylo mais aussi de nombreuses lectures. Docteur Home lui confie une ordonnance d'une page quotidienne de Proust car il sait l'importance du minimalisme positif face au crabe. La reine Alice pénètre dans la Maison du Miroir « Hélas, il ne s'agissait en rien d'un jeu d'enfant ». Elle fait face aux assauts du chimiste, de Lady Cobalt et des mauvaises reines. Lydia Flem nous emporte dans cette fantasmagorie où la fiction sert à supplanter la réalité . La reine Alice devient la femme au turban, la quintessence d'elle-même, cette part indestructible qui avance pas à pas. Les choses sont humaines, les êtres se chosifient.

Voici un livre qui touche et émeut. Un témoignage personnel et délicat en apparence mais surtout une féérie à la Lewis Carroll, un conte en abyme , des images et des rêves familiers, cette quête entre le désir d'écrire et l'épuisement inhérent à la maladie. Lydia Flem manie la catharsis pour nous mener sur ce chemin de la renaissance et de la joie de vivre. La fiction et le réel s'entremêlent comme le turban sur la tête chauve de la Reine Alice. Avec sa plume-stylo et son attrape lumière, Lydia Flem fait tourbillonner les sentiments et les sensations pour ne retenir que la douceur de l'instant présent.

Je remercie infiniment Lydia Flem d'avoir su mettre en mots avec beaucoup de talent littéraire cette parenthèse intime.

Je vous invite à observer les photos « still life » prises grâce à l'attrape-lumière sur le blog de l'auteur.

Blog de Lydia Flem

Roman publié au Seuil , La Librairie du XXIème siècle. Février 2011.