Mirontaine sta leggendo

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Ça nous apprendra à naître dans le nord
6 mars 2012

Je l'ai bien aimé ce petit livre publié dans la maison d'éditions La Contre Allée. C'est une oeuvre de commande sur un quartier ouvrier de Lille, celui de Fives. Ce quartier est en pleine mutation, il suscite le respect et l'admiration pour le passé lillois ouvrier. Mais le regard posé sur ce quartier est tour à tour sensible mais aussi comique. Au fil des bistros, Amandine et Carole entrent dans le quotidien de la culture populaire au delà des friches industrielles. Elles proposent des lectures chez l'habitant et au fil des rencontres, le récit se construit.


J'ai beaucoup aimé la parole donnée aux femmes de ce monde ouvrier porté par les hommes. L'une cherche des informations inexistantes sur les femmes de l'industrie textile à Fives. Elle joue sur le fait qu'elle ne trouve pas d'informations à ce sujet et cette absence d'archives en révèle encore davantage sur le quartier.

L'humour est très subtil pour outrepasser l'admiration. Le passage entre le passé récent et les habitants d'aujourd'hui témoigne de la mutation du quartier. Les habitants se cherchent.

C'est un très bel exercice d'écriture sur le quotidien, ni historique, ni sociologique mais un regard subjectif pour mettre en lumière un quartier.

J'ai apprécié également les propos des auteurs sur la commande en écriture et la difficulté d'écrire sur un sujet imposé.

Rien ne s'oppose à la nuit, Livre audio 1 CD MP3 - 625 Mo

Livre audio 1 CD MP3 - 625 Mo

Audiolib

21,90
29 février 2012

J'étais plutôt frileuse en commençant ce roman. J'ai donc préféré attendre que la pression médiatique s'estompe afin de l'apprécier à sa juste valeur.

C'est le premier livre de Delphine De Vigan que je découvre. Elle choisit ici d'écrire sur sa mère et sa nécessité(ou plutôt sa difficulté) d'écrire sa famille. C'est ce dernier point qui m'attirait vraiment en ouvrant ce roman.

Lucile, la mère de l'auteure, s'est suicidée quelques années plus tôt et Delphine De Vigan tente de remonter le fil émotionnel de sa propre enfance mais aussi celle de Lucile. Elle mène l'enquête auprès des siens en les interrogeant, en enregistrant leurs paroles, en consultant les photos et les souvenirs de cette famille dans les années 70.

Elle reconstruit le lourd passé de sa famille et simultanément quelques chapitres évoquent son rapport à l'écriture. Une sorte de "work in progress" entrecoupe le récit et apporte beaucoup de densité au propos de Delphine de Vigan. L'enfance de Lucile,au coeur d'une famille nombreuse,verra surgir de nombreux drames: décès, incestes et silences pesants.

L'écriture de Delphine est toute en contraste saisissant entre l'effervescence émotionnelle de sa famille et le choix des mots. Une tonalité très sobre virevolte avec une grande douleur, sourde et profonde.

Comme de nombreux lecteurs avec ce type de récit, je craignais l'excès de pathos.Il n'en est rien. La bipolarité de Lucile, par la magie des mots, nous emporte dans une dimension cathartique.

"J'éprouve encore des sentiments pour mes enfants, mais je ne peux pas l'exprimer. Je n'exprime plus rien. Je suis devenue laide, je m'en fous, rien ne m'intéresse sinon d'arriver enfin à l'heure de dormir avec les médicaments. Le réveil est horrible. Le moment où je passe de l'inconscient au conscient est un déchirement. Se forcer à prendre une douche, trouver des oripeaux acceptables."

Tout au long de ce roman, je me suis interrogée sur la nécessité pour les auteurs de se livrer. J'ai trouvé quelques réponses dans l'introspection de l'auteure sur son travail d'écriture.

"A une amie avec laquelle je déjeunais, alors que je terminais ces retranscriptions, toujours à l'arrêt dans l'écriture, je m'entendis expliquer: ma mère est morte mais je manipule un matériau vivant."

Comme le désirait Justine, la soeur de l'auteure, le roman se termine de manière positive puisque ...

"Lucile[Poirier] est morte comme elle le souhaitait: vivante."

Lignes de faille
24 février 2012

Une construction romanesque très singulière: quatre chapitres pour quatre portraits d'enfants, remontant la ligne d'un arbre généalogique, des membres d'une même famille l'année de leurs six ans. Quatre enfants se racontent, de fils en pères ou de filles en mères, et nous décrivent leur entourage.

Deux petits garçons (Sol 2004 et Randall 1982)et deux petites filles(Sadie 1962 et Kristina 1944) qui de drame en drame, vont nous faire traverser à rebours 60 ans d'histoire familiale et mondiale.

Suivant le fil d'un naevus qui se transmet de génération en génération, le récit nous conduit en Allemagne à la fin de la seconde guerre mondiale, où Kristina, l'arrière grand-mère de Sol, nous délivre la clé de voûte, le lourd secret de famille.

J'ai très vite été absorbée par ce roman polyphonique même si parfois la maturité de Solomon me perturbait du haut de ses six ans.

"En les écoutant je repense à cette idée de théâtre et me demande si au fond les gens ne passent pas leur temps à jouer des rôles, non seulement lors des mariages mais tout au long de leur existence" Sadie

Eclat du solitaire

Bobin, Christian

Fata Morgana

24 février 2012

« Une tête qui porte plus de peine qu’une vie peut en supporter. »

Une première image: l'autoportrait de Gilles Dattas. Un dessin réalisé dans les toilettes d'un musée par l'homme désabusé.

Ce visage est partout dans la rue, dans le métro. C'est le visage de l'homme qui vient de perdre son travail, de la femme trahie...

"Ce visage est le nôtre quand nous saisit le diable de la lassitude et que notre vie s'en va comme de l'eau, comme du sable, comme rien."

La deuxième image: celle que nous ne verrons pas , celle d'un bouquet de pivoines flamboyantes d'une vie écrasée.
Bobin rassemble les fleurs et les mots pour célébrer la vie et l'art. L'humain devient fantôme, il double le réel et console de la mort.

Tel est l'éclat du solitaire.

Fata Morgana, 2011.

Jenna Fox, pour toujours
7,20
24 février 2012

Jenna sort du coma. Etrangement, elle se rappelle de nombreux souvenirs de sa petite enfance malgré son amnésie. Pour quelles raisons ses parents sont venus se réfugier à l'Ouest des Etats-Unis? Pourquoi sa grand-mère Lily la fuit? Pourquoi ses parents ont-ils filmé ses anniversaires jusqu'à l'âge de 17 ans? Jenna semble bien plus que les vidéos d'enfance qu'on l'oblige à regarder. Le roman progresse de réponse en question. Nous vivons avec l’héroïne, à ses côtés, à la première personne, l’élucidation du mystère.

Jenna est prisonnière de sa propre vie. Ce roman d'anticiption oscille entre thriller et réflexions philosophiques. L'aspect dystopique et SF de ce roman n'ont pas ma faveur en terme de lecture; néanmoins j'ai su apprécier les thèmes soulevés avec brio par l'auteur: l'identité, les limites de la technologie, de la bioéthique et du désir de vie éternelle.

Mary E. Pearson dresse avec finesse un très bon roman d'anticipation qui ouvre la voie à la réflexion sur la vie et ses valeurs.

"N'est-ce pas ce qui fait la vie? Des morceaux. Des lambeaux. Des moments. Suis-je moins parce que j'en possède moins? Ou ceux que je possède sont-ils les plus importants?"