Mirontaine sta leggendo

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Petites histoires de nuit
7 novembre 2017

Raconteuse d’histoires, Catherine Crowther installe toujours une empreinte singulière en littérature jeunesse. Observatrice, elle traduit avec justesse et tendresse les attitudes, les expressions et les petites et grandes questions des plus jeunes.
Elle publie des histoires fortes, donne vie à des personnages attachants et énigmatiques à l’égal de Poka et Mine.
Pour elle, le dessin est aussi une forme d’écriture, même s’il n’a pas de loi grammaticale. Un livre pour enfant c’est « cette forme d’art pensée pour communiquer. » Dans ses albums, on retrouve la blancheur de la neige, le silence de la forêt, la lumière des îles nordiques. Dans ce nouvel album, Petites Histoires de nuit, le rose prédomine comme un écho à la douceur du rêve. Elle donne une présence consciente aux personnages comme les animaux, et une fois encore, la fantaisie préside à la création. On note une énergie du trait pour chaque historiette afin de transmettre ce que l’on ne saisit pas toujours très bien dans la vie, une compréhension sans mots, sans jugements, sans morale. Lorsqu’elle dessine, Kitty Crowther écrit des mots. L’aventurière de l’image propose ici des sentiers peu fréquentés. Les lieux n’ont pas de règles, ils sont à imaginer.
Petites Histoires de nuit propose une grande lecture visuelle des gens par le biais de trois petites histoires que maman Ours raconte à son enfant. Celle d’une mystérieuse gardienne de nuit, puis celle de l’aventureuse Zhora et enfin le singulier Bo. Au creux de chacune d’elles, le repos et la tension s’unissent. Et les personnages en marge prennent vie et prennent toute la place au fil des pages. L’inquiétude n’est plus tue ni masquée dans le déploiement de la nature. L’auteur dessine du visible et de l’invisible.
En refermant ce magnifique album, on respire un parfum oublié propice aux émotions.
Petites Histoires de nuit, Pastel, École des loisirs, Novembre 2017.

Le rêveur des bords du Tigre

Hussain, Fawaz

Les Escales Éditions

16,90
2 novembre 2017

Farzand, kurde d’origine, est porteur d’une filiation silencieuse et rassemble les chaînons de son histoire familiale. Le déraciné quitte Paris pour revoir Amoudé, une ville syrienne à la frontière turque, sous le joug de la guerre civile. C’est à Diyarbakir, capitale du Kurdistan en Turquie qu’on lui souhaite, tel un étranger, la bienvenue. Lui, l’ enfant d’une histoire douloureuse, celle d’un peuple éclaté entre plusieurs pays.
Le Kurdistan c’est l’histoire des morts, celle de l’opération Anfal et d’incessants massacres , c’est l’histoire d’ une géographie absente et morcelée . Le narrateur fait résonner la mémoire des lieux et donne corps et décor à des voix silencieuses, comme celles de Stèr et du mystérieux oiseau. À chaque famille, ses fantômes.
La carte postale de Farzand est un chromo bien fatigué « [...] je vis le Tigre charriant ses eaux boueuses et sa résignation face à tant d’injustice. »
Du déracinement au déchirement, notre identité change-t-elle quand nous passons d’un pays à l’autre, d’un monde à l’autre? La déchirure fait de Farzand un oiseau migrateur avec la littérature comme boussole. La littérature est puissante et les petites histoires humanisent cette grande Histoire du Kurdistan, entre poussière et vent. Sa rencontre avec Mirza, jeune vendeur de pépins de pastèque bouillis lui offre l’errance où s’agrègent les réminiscences du Petit Prince de Saint Exupery. Même s’il pressent le cataclysme pour son peuple, l’auteur crie dans ce texte sa confiance en l’imaginaire comme éternel socle commun.
Lire Fawaz Hussain c’est écouter ce que les exilés ont à nous dire avec cette conscience aigüe de la contingence du monde. On ne naît pas seulement d’un père et d’une mère mais d’une histoire. Quand la religion du journaliste est celle de l’individu quelconque, celle de l’auteur fait ressurgir la sève de l’âme kurde. L’exilé attrape des langues en passant. Il dissocie la chose et le mot qui la définit. Ainsi la langue n’est pas fiable, seuls comptent la parole et le récit. Au cœur du déchirement se soulève la question capitale du rapport à la langue. Elle devient langue de soumission et du camouflage comme celle du faux sage du caravansérail de Hasan.
Une plume virevoltante entre réminiscences et mystérieux permet une éclatante exploration de la question kurde et celles sous-jacentes de l’exil et de la langue. Le livre se déploie autour des rencontres dans les ruelles d’un pays perdu, le long des eaux tumultueuses du Tigre. Mêlant l’individuel et le collectif, Fawaz Hussain élève la tragédie de son peuple au rang d’un conte universel. De vent et de sable sont les pas de Farzand, il est le voyageur et le chemin, riche de son présent au-dessus de la terre qui le porte, royaume de poussière et de vent.
« Il y a des voyages qu on ne fait qu’une seule fois dans sa vie, à la grande heure des ombres ».
Le Rêveur des bords du tigre de Fawaz Hussain , Les Escales, Octobre 2017.

Le rêveur des bords du Tigre

Hussain, Fawaz

Les Escales Éditions

16,90
1 novembre 2017

Farzand, kurde d’origine, est porteur d’une filiation silencieuse et rassemble les chaînons de son histoire familiale. Le déraciné quitte Paris pour revoir Amoudé, une ville syrienne à la frontière turque, sous le joug de la guerre civile. C’est à Diyarbakir, capitale du Kurdistan en Turquie qu’on lui souhaite, tel un étranger, la bienvenue. C’est l’ enfant d’une histoire douloureuse, celle d’un peuple éclaté entre plusieurs pays.
Le Kurdistan c’est l’histoire des morts, celle de l’opération Anfal et d’incessants massacres , c’est l’histoire d’ une géographie absente et morcelée . Le narrateur fait résonner la mémoire des lieux et donne corps et décor à des voix silencieuses, comme celles de Stèr et du mystérieux oiseau. À chaque famille, ses fantômes.
La carte postale de Farzand est un chromo bien fatigué « [...] je vis le Tigre charriant ses eaux boueuses et sa résignation face à tant d’injustice. »
Du déracinement au déchirement, notre identité change-t-elle quand nous passons d’un pays à l’autre, d’un monde à l’autre? La déchirure fait de Farzand un oiseau migrateur avec la littérature comme boussole. La littérature est puissante et les petites histoires humanisent cette grande Histoire du Kurdistan, entre poussière et vent. Sa rencontre avec Mirza, jeune vendeur de pépins de pastèque bouillis lui offre l’errance où s’agrègent les réminiscences du Petit Prince de Saint Exupery. Même s’il pressent le cataclysme pour son peuple, l’auteur crie dans ce texte sa confiance en l’imaginaire comme éternel socle commun.
Lire Fawaz Hussain c’est écouter ce que les exilés ont à nous dire avec cette conscience aigüe de la contingence du monde. On ne naît pas seulement d’un père et d’une mère mais d’une histoire. Quand la religion du journaliste est celle de l’individu quelconque, celle de l’auteur fait ressurgir la sève de l’âme kurde. L’exilé attrape des langues en passant. Il dissocie la chose et le mot qui la définit. Ainsi la langue n’est pas fiable, seuls comptent la parole et le récit. Au cœur du déchirement se soulève la question capitale du rapport à la langue. Elle devient langue de soumission et du camouflage comme celle du faux sage du caravansérail de Hasan.
Une plume virevoltante entre réminiscences et mystérieux permet une éclatante exploration de la question kurde et celles sous-jacentes de l’exil et de la langue. Le livre se déploie autour des rencontres dans les ruelles d’un pays perdu, le long des eaux tumultueuses du Tigre. Mêlant l’individuel et le collectif, Fawaz Hussain élève la tragédie de son peuple au rang d’un conte universel. De vent et de sable sont les pas de Farzand, il est le voyageur et le chemin, plein de son présent au-dessus de la terre qui le porte, royaume de poussière et de vent.
« Il y a des voyages qu on ne fait qu’une seule fois dans sa vie, à la grande heure des ombres ».
Le Rêveur des bords du tigre de Fawaz Hussain , Les Escales, Octobre 2017.

Maestro

Mercure de France

18,00
16 avril 2017

"Qui suis-je, que suis-je dans votre vie? L'objet d'un désir passager? Une femme dont vous direz un jour que vous l'avez aimée? Est-il possible de n'aimer qu'une seule femme?"
Le quatuor des dissonances. Köchel 465. Les croches angoissées du violoncelle. Les terreurs nocturnes des deux violons et de l'alto. Et les phrases ténébreuses de celle qui voue une tendre passion pour Mozart depuis sa prime enfance. La pulsation irrésistible des phrasés qui s'envolent. Et toi lecteur tu entends la musique, les mots prennent vie dans ce corps de femme, les notes s'envolent du livre dans un esprit de recueillement. L'âme amoureuse fugue au-delà des pages et des chapitres.
La naissance d'une grâce, celle du sentiment amoureux comme un supplément d'âme entre Cécile et le maestro.
L'écriture tel un legato, sans rupture ni temps mort, offre une intensité modulée du sentiment amoureux. L'amour comme la musique ne s'épuisent jamais sous la plume de Cecile Balavoine. Une extraordinaire mélodie sourd des mots. Une partition littéraire de toute beauté, refermée comme à la dernière note d'un concert envoûtant avec un profond silence. Après Mozart, Le silence qui suit est encore du Mozart.
Exsultate jubilate des deux corps dans l'étreinte fulgurante, plongés dans les draps brûlants. Les yeux ouverts dans la nuit. Cet homme de l'autre côté de la vie qui feuillette son visage après chaque concert. La lente passion, les heures ardentes au chevet des notes et le visage de celle qui aime dans cette vie où on ne peut rien faire qu'échouer...
Le manque devient lumière au fil des pages. Cécile revient du passé, enlève les briques du mur du temps pour offrir une définition satisfaisante de l'amour. L'abandon de l'homme aimé après chaque concert est un tremblement de terre que la bête du cœur tente d'apaiser.
Les vaines paroles sur l'amour s'éteignent et le Requiem explose.

Sonia Ristic

Le Ver A Soie

18,00
4 avril 2017

Viens... je t'emmène hors-temps, sur une île en hiver.
C'est le récit d' un isolement mais aussi d'une immersion. Celle d'Abel, l'homme sans mémoire qui revient sur l'île, dans un temps suspendu, comme par enchantement puisque l'horloge du campanile semble arrêtée. Les éléments du paysage s'offrent comme des maux les plus déchirants de notre monde.
Dans un enchevêtrement mystérieux, Abel tisse la beauté fragile de la vie.
L'ambiance monte et vous emprisonne. Dans la bouche des personnages, des paroles de l'intimement proche à l'infiniment loin. La nature est omniprésente.
S'éloigne le monde urbain contemporain, son désordre, ses dissonances et les habitants de l'île, de Kaya au docteur, d'Abel à Pandora,de la voix des gitans sans doute aussi, s'immisce la lassitude, comme un désarroi plus intime et plus secret.
Abel anachorète, s'immerge dans la solitude de l'île dont le fil des jours estompe peu à peu les contours.
Un drap d'ombre s'abat sur lui et il chavire dans les paroles de Pandora qui lui conte, à sa manière d'équilibriste, le secret de sa naissance.
Vigueur impressionnante stylistique et poétique du processus invisible et inlassable de renaissance d'où procède la vie.
Un roman métaphysique d'une saisissante beauté, une élégie sensuelle et inquiète – comme une fable irriguée, dans ses profondeurs intouchables, comme une méditation sur la place de l'homme.
" Comment fait-on pour vivre en se souvenant de tout, en ne se délestant de rien, en portant en soi, ce qui fut bien avant nous? Comment fait-on pour savoir qui l'on est, alors qu'on est tout cela, que c'est trop de bagages pour le bruit et la fureur des métropoles , pour l'urbain enragé d'un nouveau millénaire ?"
Une île en hiver, Sonia Ristic, Le Ver à soie.