Mirontaine sta leggendo

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Sonia Ristic

Le Ver A Soie

18,00
4 avril 2017

Viens... je t'emmène hors-temps, sur une île en hiver.
C'est le récit d' un isolement mais aussi d'une immersion. Celle d'Abel, l'homme sans mémoire qui revient sur l'île, dans un temps suspendu, comme par enchantement puisque l'horloge du campanile semble arrêtée. Les éléments du paysage s'offrent comme des maux les plus déchirants de notre monde.
Dans un enchevêtrement mystérieux, Abel tisse la beauté fragile de la vie.
L'ambiance monte et vous emprisonne. Dans la bouche des personnages, des paroles de l'intimement proche à l'infiniment loin. La nature est omniprésente.
S'éloigne le monde urbain contemporain, son désordre, ses dissonances et les habitants de l'île, de Kaya au docteur, d'Abel à Pandora,de la voix des gitans sans doute aussi, s'immisce la lassitude, comme un désarroi plus intime et plus secret.
Abel anachorète, s'immerge dans la solitude de l'île dont le fil des jours estompe peu à peu les contours.
Un drap d'ombre s'abat sur lui et il chavire dans les paroles de Pandora qui lui conte, à sa manière d'équilibriste, le secret de sa naissance.
Vigueur impressionnante stylistique et poétique du processus invisible et inlassable de renaissance d'où procède la vie.
Un roman métaphysique d'une saisissante beauté, une élégie sensuelle et inquiète – comme une fable irriguée, dans ses profondeurs intouchables, comme une méditation sur la place de l'homme.
" Comment fait-on pour vivre en se souvenant de tout, en ne se délestant de rien, en portant en soi, ce qui fut bien avant nous? Comment fait-on pour savoir qui l'on est, alors qu'on est tout cela, que c'est trop de bagages pour le bruit et la fureur des métropoles , pour l'urbain enragé d'un nouveau millénaire ?"
Une île en hiver, Sonia Ristic, Le Ver à soie.

Sur cette terre comme au ciel
27 mars 2017

Un livre sensuel, fascinant et glaçant sur la Sicile.
L'île aux paysages arides, aux côtes magnifiques et aux trésors artistiques uniques.
Au cœur de cette beauté rare, la Cosa Nostra, la mafia sicilienne, sa violence et sa corruption, qui imprègnent chaque recoin de la vie insulaire.
Palerme, les années 80. Davidù apprend la vie dans les quartiers, là où la mafia rurale s'est insinuée partout où la confiance ordinaire et la solidarité humaine avaient disparu en raison de la pauvreté et de l'exploitation.
Alors les hommes mettent les gants de boxe, ils incarnent la force face à un état faible.
Trois générations d'hommes, conservateurs par leur nature machiste et opportunistes dans leurs procédés, sont à l'image de Palerme, au creux de la courbe fertile de la Conca d' Oro: un riche croissant fertile au cœur d'une terre aride et inaccessible.
Piégés à Palerme, avec l'éternelle promesse d'évasion de la mer, sous la menace de l'arc de dents acérées des collines rocheuses, les hommes se battent contre un passé violent. Ces " picciotti" sont l'équivalent sicilien des " guaglione" napolitains, des types ou des "mecs" porteurs de toutes ces valeurs mâles largement présentes dans le paysage culturel du Sud.
Les cordes à linge sont tendues au travers des ruelles, où pendent telles des oriflammes les lessives du jour, claquant au vent et se gonflant sous le soleil éclatant comme toutes ces confidences masculines.
Davidù constitue sa propre "cosca", vivement encouragé par son oncle. Cosca est le terme sicilien précis pour désigner une famille dans la mafia sicilienne. Tous les membres de la famille sont égaux et même si on compare les combats de boxe, d'une génération à l'autre, chaque membre, chaque mâle se superposent, tous proches et tous reliés au centre. Même le parfum des fleurs de citronniers finit par rappeler les blessures anciennes.

À la manière de Cola Pesce, Davide Enia plonge dans les légendes du passé dans cette partie méridionale de l'Italie. Une histoire brûlante, aride, en proie aux éruptions et aux secousses, celle des hommes du mezzogiorno, confrontés à la guerre, à la difficulté de la vie comme à l'âpreté d'un combat de boxe, à la sensualité de l'amour naissant. Découvrir la profondeur de la poésie de l'enfance , prêt à plonger dans le passé pour explorer , avide de savoir et redouter à la fois de se retrouver prisonnier des tréfonds d'un monde, en espérant pouvoir refaire surface, ou trouver tout au moins une déchirure dans le filet des hommes.
Così in terra, Sur cette terre comme au ciel , di Davide Enia, traduit de l'italien par Françoise Brun , Albin Michel, août 2016.

Venise est lagune
8,50
17 juin 2016

Venise. Carte postale.
Ville des lunes de miel et des rêveries.
Les palais gothiques mâtinés d'Orient.
Dans notre imaginaire, quelle est la manière dont le nom de Venise va se déposer sur le paysage?
Qu'est-ce que je vois lorsque j'entends le mot Venise?

Roberto Ferrucci saisit la toponymie de Saint Nazaire et Venise, pour feuilleter, entendre et saisir un nom de lieu.

La sérénissime est mise en danger, vingt-huit millions de touristes débarqués par les monstres des mers. D'énormes ressacs pour les palais. La folie des grands passages.Des déplacements d'eau ont l'effet de pompe sur les vases jusqu'à faire trembler la basilique Saint-Marc.

Depuis la terrasse d'un café, l'auteur appréhende le paysage par l'essence et le mouvement. Sortir de chez soi, de soi et regarder le lieu de cet étrange ballet des paquebots.

Et le prisme rétrécit peu à peu face aux montres de fer. La carte postale au fil des pages semble grignotée par la machine mange-fric, la macchina del fango.

Les gueules de proue avalent Venise. Sous la distraction des regards, Roberto Ferrucci crie au loup.

Le mauvais goût envahit l' Italie peu à peu, gageons que ce pamphlet, puissant regard dans les fumées empoisonnées, permette de ne pas "nous habituer à tout et de nous adapter au pire, de favoriser la laideur et de nous accoutumer à l ' incroyable."
Venise est lagune di Roberto Ferrucci, aux Editions (précieuses !) La Contre allée.

Pristina

Christian Bourgois

18,00
25 mai 2016

Irin Past est différente, le regard des autres l'a rendue immune. Cette sensation d'être toujours et partout en dehors, de ne pas appartenir au monde réel. Son histoire est effacée.
Un nom peut disposer favorablement quelqu'un ou susciter l'aversion. Alors elle porte son origine kosovare comme un halo autour d'elle. Sa vie demeure un parcours de camps d'étrangers, une enfilade de caravanes, tentes , bungalows. La précarité durable sur une île au Nord de la Hollande. Tout le monde connaît les traces que les pas laissent sur le sable. Les meilleures prisons sont construites sur des îles : Alcatraz, Robben Island, île d'Elbe. Ses premiers pas sont effacés, emportés à travers le monde comme ruisseaux et rivières vont vers la mer, toujours en chemin.
Albert Drilling est chargé de s'assurer que les demandeurs d'asile retournent dans leur pays d'origine. Il connaît les visages et les espoirs et les vies des gens en errance. Ils étaient accrochés chez lui, au mur, dans sa tête aussi, partout. Un étranger, entouré d'étrangers dans les terres perdues du monde.
Et puis une poignée de personnes qui ne veulent pas vivre dans un pays qui déporte des gens.
Dans le sel séché des bancs de sable on observe la migration des oies cendrées. Elles maintiennent leur vol, puis à peine arrivées, elles doivent repartir.
Albert et Irin longent la côte. Leur marche est plus aisée sans chaussures et leurs traces changent de forme: elles deviennent HUMAINES.
Et puis le Kosovo, cette tâche d'encre sur les Balkans. Pristina, une ville blessée et les cicatrices qu'elle laisse chez Irin.
Les images entre les pages transpercent les yeux, pénètrent l'esprit et trouvent prise. Être submergée par les mots, les dialogues d'une grande force, pour comprendre.
La colère d' Irin est coulée dans du béton et jetée à la mer. Un grain de sable qui tout au long de son histoire à risqué d'être écrasé dans des galets errants.
Sublime texte de Toine Heijmans, traduit du néerlandais par Danielle Losman.

L'âge d'ange
29 avril 2016

"La naïveté... C'est ce qu'on invoque, quand on a peur d'être généreux."

C'est beau quand la vie gronde de plus en plus fort pour quelques égarés du ruisseau. Une violente piqure au cœur pour une Esmeralda, un Gavroche amoureux d'un livre emprunté au lycée: Amours des dieux et des héros.
Entre les pages , les traces d'un autre lecteur. À l'intérieur de lui, un organisme fiévreux. L’écorché vif cultive le mystère.
Et le fatum impose des secousses violentes pour détendre les cœurs.
Parfois, pour éviter que les forts ne soient forts que parce qu'ils laissent les faibles s'entre-tuer, il faut sortir du rêve, quitter le livre et aller vers la vie.

Un très beau texte sur l'indicible des esprits et l'ambiguïté des corps.