L'orphelinat des âmes perdues, 3, Captivité
EAN13
9782702433515
ISBN
978-2-7024-3351-5
Éditeur
Éditions du Masque
Date de publication
Collection
MSK (3)
Séries
L'orphelinat des âmes perdues (3)
Nombre de pages
204
Dimensions
19 x 13 x 0 cm
Poids
246 g
Langue
français
Langue d'origine
anglais
Code dewey
804
Trouvez les offres des librairies les plus proches :
ou
entrez le nom de votre ville

Offres


Autres livres dans la même série

1.?>Le 4x4 roulait en plein orage sur une route mitraillée par des rafales de pluie. Les vacances en famille ne démarraient pas sous les meilleurs auspices. Lindsay Morgan avait l'impression que la tempête les suivait, telle une sorte de mauvais présage, un signe que leurs vacances étaient maudites. La pluie tambourinait de plus en plus fort sur l'habitacle à mesure qu'ils approchaient de Redlands Beach.Avec son père au volant et sa mère sur le siège passager, Lindsay occupait seule la banquette arrière, écoutant de la musique sur son iPod tout en échangeant des textos avec son amie Kate. Elle était épuisée par la longueur du trajet, et ce n'était pas la météo qui allait la remettre de bonne humeur. Elle savait que ces vacances étaient importantes pour ses parents – surtout son père –, mais elle avait passé les dernières semaines à redouter le moment du départ. Ça ne pouvait pas plus mal tomber. Lindsay avait aidé Kate à organiser la fête la plus importante de l'année, et voilà qu'elle ne pouvait même pas y aller ! Évidemment, son père s'était empressé de lui faire remarquer qu'elle avait toujours adoré les séjours chez son oncle Lou. Il oubliait qu'à l'époque, elle était encore une enfant. À seize ans, Lindsay n'avait pas franchement la fibre nostalgique.Son père était complètement à côté de la plaque. Il refusait de comprendre qu'elle avait grandi. Elle allait au lycée, elle était populaire, elle travaillait bien. Si ses enseignants n'appréciaient pas toujours son humour volontiers cassant, ils ne pouvaient s'empêcher d'y voir une marque d'intelligence. Bien sûr, il arrivait que Lindsay se montre acerbe dans ses sarcasmes, et que les gens qui ne la connaissaient pas prennent ses vannes amicales pour de la méchanceté ; cela dit, il suffisait en général de quelques mots gentils pour soigner les sensibilités blessées – ce qui débouchait le plus souvent sur une nouvelle amitié. Et une chose que le père de Lindsay comprenait encore moins, c'était qu'elle savait se débrouiller toute seule. Lorsqu'elle se trouvait confrontée à un problème, elle ne se laissait pas abattre. Elle le résolvait sans céder au stress ou à l'énervement : d'une manière ou d'une autre, elle s'en sortait toujours. Lindsay Morgan ne manquait pas de sens pratique. Or, elle avait tenté par tous les moyens de résoudre le problème de ces vacances – d'y échapper –, et rien n'avait marché.Elle ne l'aurait pas eue aussi mauvaise si ses parents avaient choisi une plage branchée comme Cancun, les Hamptons ou même Atlantic City. Raté : les Morgan étaient en route pour la maison de l'oncle Lou à Redlands Beach, un endroit que l'océan et le sable chaud ne suffisaient pas à transformer en destination de luxe – loin de là. Les souvenirs de Lindsay avaient beau être un peu flous, elle n'avait aucun doute sur ce qui l'attendait. Elle se rappelait son oncle et les autres mâles plantés sur la plage avec leurs cannes à pêche dans l'eau (grâce à eux, la maison empestait en permanence les entrailles de poisson). Des enfants braillards jouaient dans les rochers, couraient vers leurs mères qui enchaînaient les cigarettes et leurs pères qui enchaînaient les bières. Le restaurant le plus « chic » de la ville servait de la friture de palourdes dans des paniers en plastique. À la réflexion, Redlands Beach n'était qu'une station balnéaire au rabais pour beaufs en camping-car, n'en déplaise aux parents de Lindsay, persuadés qu'il s'agissait d'une future destination à la mode.Elle avait demandé à rester à la maison en ayant d'abord recours à des arguments rationnels. Voyant que la logique ne menait à rien, elle avait adopté une approche plus émotionnelle. Sans hésiter à aller jusqu'aux larmes. En vain. La colère qui succéda aux larmes ne fut guère plus efficace. Impossible d'y couper, d'autant que ses parents avaient déjà posé leurs congés au travail. Lindsay était donc condamnée à passer dix jours chez son oncle, loin de ses amis et d'une fête démente.Rien que d'y penser, elle était déprimée. Tout le lycée allait participer à la fête. BlackBerry et téléphones portables vibraient d'impatience depuis plusieurs semaines. Tout ce que l'école comptait de gens cool et mignons allait se retrouver chez Kate. (Ses parents à elle étaient en vacances à Paris !) Tapis rouge, bière et musique à fond – et Lindsay allait rater ça.Ses motivations n'étaient pas entièrement égoïstes. Certes, elle mourait d'envie d'y aller – comme tout le monde –, mais en plus, Kate avait sérieusement besoin de son aide. Cela aussi, c'était important.Lindsay avait beau l'aimer comme une sœur, Kate était aussi organisée qu'un chimpanzé. Avec elle, la crise de panique n'était jamais loin. Le moindre petit incident lui ferait perdre les pédales, pire que les malades mentaux bourrés d'amphétamines qui passaient parfois à la télé. Kate lui avait répété un million de fois que, sans Lindsay, la fête serait un plantage monumental.Dès l'étape des invitations, elles avaient frôlé la catastrophe. Kate voulait envoyer des invitations sur papier, ce qui n'était pas une mauvaise idée en soi. Or, elle avait acheté des tonnes de cartes avec un chaton qui portait des lunettes noires sur la couverture. À l'intérieur, le message disait : « Venez faire la fête chat moi ! » Si Kate avait envoyé ces invitations tueuses de réputation, son humiliation l'aurait hantée jusqu'à la fin de ses jours. Prenant la relève, Lindsay avait opté pour des invitations par e-mail uniquement, rédigées de manière à donner l'impression d'une soirée ultra sélect. Elle savait que la meilleure façon de faire circuler l'info, c'était de dire à tout le monde de garder le secret.Lindsay se disait souvent qu'elle ferait une excellente organisatrice de fêtes ou de mariages. Elle savait observer d'un œil calme et attentif n'importe quel événement, du plus simple au plus complexe, et repérer les détails qui auraient échappé à d'autres. L'année précédente, à l'occasion du bal des secondes, elle ne s'était pas contentée d'organiser une banale fête lycéenne sur fond de musique pop. Elle avait créé quelque chose de mémorable : la soirée « Batcave », avec son ambiance urbaine réalisée grâce à des panneaux muraux qui transformaient le gymnase en donjon, ainsi qu'un bar en fer forgé. Un succès total. Tout le bahut en avait parlé pendant des semaines.Kate n'y arrivera jamais toute seule. En ce moment, je devrais être en train de l'aider, songea-t-elle.Or, elle n'était pas avec Kate, mais dans un 4x4 avec ses parents, en plein déluge, destination Plouc City. Malgré toute sa bonne volonté – elle savait que ces vacances étaient très importantes pour son père –, Lindsay n'arrivait pas à cacher sa déception.Elle avait l'impression d'avoir été kidnappée, d'être prisonnière pendant que ses deux ravisseurs, assis à l'avant, souriaient jusqu'aux oreilles.Elle était en train de taper un SMS quand la batterie de son Treo rendit l'âme. Lindsay ne put retenir un ronchonnement exaspéré. Elle venait de perdre son seul lien avec ses amis, son univers. Étant donné qu'elle préférait le Treo, elle n'avait pas pris la peine de recharger son portable, qui s'était éteint une petite heure après le début du voyage. Et maintenant, son PDA aussi était à plat. Qu'est-ce qui pouvait encore aller de travers ?Une main se posa sur son épaule, la faisant sursauter. Sa mère s'était retournée et la regardait d'un air légèrement contrarié, les sourcils froncés. Ses lèvres bougeaient sans que Lindsay entendît quoi que ce soit à cause de la musique qui lui saturait les tympans.– Quoi ? dit-elle en ôtant ses écouteurs.– Si tu t'ennuies, tu peux aussi parler avec nous, tu sais ?– Ça serait avec plaisir, si je n'avais pas décidé de ne plus jamais vous adresser la parole.Son père éclata de rire, sa mère secoua simplement la tête.– Désolé pour la fête de Kate, dit M. Morgan. Essaie quand même de t'amuser un peu. Avant, tu adorais aller à la plage.Si seulement il pouvait arrêter de dire ça !– Avant, je portais des couches-culottes, aussi. Tant qu'à s'accrocher au passé, pourquoi ne pas ressortir les Pampers ?– Tu changeras d'avis à notre arrivée. C'est beaucoup plus joli maintenant, tu verras.Lindsay appuya la tête contre la vitre f...
S'identifier pour envoyer des commentaires.