Evil Genius
EAN13
9782702434222
ISBN
978-2-7024-3422-2
Éditeur
Éditions du Masque
Date de publication
Collection
MSK (1)
Nombre de pages
360
Dimensions
21 x 15 x 0 cm
Poids
540 g
Langue
français
Langue d'origine
anglais
Code dewey
804
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1.?>Cadel Piggott n'avait que sept ans lorsqu'il rencontra Thaddeus Roth pour la première fois.Le cabinet du Dr Roth se trouvait dans un lotissement de maisons mitoyennes près du port de Sydney. Un jardin humide et sombre, en raison des nombreux arbres qui l'envahissaient, entourait cette demeure de trois étages. De la mousse poussait sur les rebords de fenêtres en grès et les rideaux tirés lui donnaient une apparence mystérieuse. La clôture en fer qui encerclait la propriétéétait percée d'un portail grinçant près duquel une plaque de cuivre affichait le nom et les titres du Dr Roth.– C'est là, annonça Mme Piggott. Numéro 29.– Nous ne pouvons pas nous arrêter ici, répondit son mari. Il n'y a pas de parking.– Je t'avais dit de te garer avant.– Ce n'est pas grave, essayons dans cette rue.– Stuart, c'est un sens unique !– Zut !– Je savais que nous ne trouverions jamais de place dans ce quartier.– Tu ne peux pas te taire une minute ?M. et Mme Piggott n'étaient pas les vrais parents de Cadel. Ils l'avaient adopté alors qu'il n'avait même pas deux ans. Mme Piggott était blonde et mince, M. Piggott, gros et grisonnant. Ils ne s'entendaient sur rien ou presque, mais cela importait peu : avec leurs emplois du temps surchargés, ils ne se voyaient quasiment jamais. Pourtant, sur les conseils de la police, ils avaient tous deux accepté de se rendre à cette consultation. Après qu'ils eurent fait quatre fois le tour du pâté de maisons dans la Mercedes-Benz étincelante de M. Piggott, Mme Piggott avertit son mari :– Nous allons être en retard. Laisse-nous descendre, pour l'amour du Ciel !– Je vais me garer ici.– Stuart, ça ne passera jamais !– Laisse-moi faire.Assis sur la banquette arrière, vêtu d'un pantalon en velours côtelé marron et d'un pull en laine, Cadel regardait la maison du Dr Roth en silence. Lugubre et menaçante, elle ne lui disait rien qui vaille.– Je ne veux pas y aller, décréta Cadel lorsque Mme Piggott sortit de la voiture et lui ouvrit la portière.– Je sais, mon chéri, mais il le faut.– Non, pas forcément, rétorqua Cadel.– Si.– Il n'y avait pas d'injonction formelle, rappela Cadel de sa voix claire et aiguë. C'était juste une suggestion.– C'est exact, dit M. Piggott, tirant Cadel d'un coup sec de l'arrière du véhicule. Et quand la police suggère quelque chose, on obtempère toujours. Règle numéro un.– Fais attention, Stuart, tu vas abîmer ses vêtements.Cadel était si petit – même pour un garçon de sept ans – qu'il n'avait aucune chance contre M. Piggott. Il eut beau traîner les pieds, il fut forcé de traverser la rue et de franchir le portail du numéro 29. L'allée était tapissée de feuilles humides qui dégageaient une forte odeur de pourriture. Le heurtoir, un anneau traversant la gueule d'un lion qui montrait les dents, était peint en noir, comme le reste de la ferronnerie.Cadel remarqua avec intérêt le tableau de distribution situé près de la porte. Couvert de fusibles en porcelaine et de compteurs à cadran, il était manifestement très ancien. Comme la maison des Piggott, qui n'avait que trois ans, était équipée d'une installation électrique dernier cri, Cadel fut fasciné par cette relique poussiéreuse.Mais il ne put la contempler très longtemps.– Avance, ordonna M. Piggott. C'est ouvert.Et il poussa la porte, qui s'ouvrit sur un long couloir sombre recouvert de vieux tapis persans. Au milieu de ce passage, un majestueux escalier couleur noix menait au premier étage. Il y avait plusieurs portes à droite de l'entrée, mais seule la plus proche était entrebâillée.– Bonjour ! lança M. Piggott en entrant d'un pas énergique.Ce n'était pas le genre d'homme à attendre quoi que ce soit.– Nous avons rendez-vous avec le Dr Roth à 10 h 30.Tenu fermement par le poignet, Cadel n'eut d'autre choix que de suivre M. Piggott. Il se retrouva dans une salle constituée de deux pièces séparées par des portes accordéon en acajou, et agrémentées de deux cheminées en marbre et de lustres sur lesquels Cadel remarqua des toiles d'araignée.Une femme était assise derrière un bureau ancien.– Bonjour, dit-elle calmement. Votre nom, s'il vous plaît ?– Piggott, répondit M. Piggott d'un ton pompeux. Stuart, Lanna et Cadel.Il sembla surpris lorsque la femme se leva, car elle était presque aussi grande et corpulente que lui. Elle avait un visage large et carré, des yeux bleus et portait un tailleur couleur de sang séché.– Je vais prévenir le Dr Roth de votre arrivée, déclara-t-elle avant de quitter la pièce d'un pas lourd.Cadel ne la regarda pas s'éloigner. Il était plus intéressé par la lueur chaleureuse et le ronronnement satisfait de l'ordinateur. C'était la première fois qu'il voyait ce modèle d'économiseur d'écran : des dominos qui tombaient.– N'y pense même pas ! lâcha Stuart en découvrant ce qui attirait l'attention de Cadel. Assieds-toi là-bas.– Regarde, mon chéri, il y a des jouets pour toi, indiqua Lanna en poussant un grand panier du bout de sa chaussure.Cadel observa le contenu du panier d'un air boudeur. Habitué aux tables d'activités cassées et aux livres déchirés mis à la disposition des jeunes patients au cabinet de son médecin traitant, il n'espérait pas grand-chose des distractions proposées ici.Mais à son grand étonnement, il repéra un vieux voltmètre, un ouvrage sur les mouches, un crâne humain en plastique grandeur nature, un Rubik's Cube ainsi qu'un masque de Frankenstein. Un examen plus approfondi lui révéla la présence d'une araignée morte enchâssée dans un presse-papiers en résine, d'une dent de requin, d'une figurine Galaxy Warrior avec des torpilles à perforation thermique et d'une curieuse pièce de puzzle montrant un œil injecté de sang.Cadel était en train d'observer cette image macabre lorsque des bruits de pas parvinrent à ses oreilles. La réceptionniste du Dr Roth était manifestement de retour, descendant l'escalier avec autant de délicatesse que si elle portait des chaussures de ski. Lanna, qui s'était affalée sur un fauteuil, bondit aussitôt sur ses pieds.– Le Dr Roth va vous recevoir, annonça la réceptionniste. Vous pouvez monter.Stuart et Lanna échangèrent un regard.– Vous êtes sûre ? demanda Lanna. Je veux dire, veut-il discuter de la situation devant Cadel ?– Oh que oui ! répondit fermement la réceptionniste.Quelque chose dans sa voix força Cadel à lever les yeux. Il l'observa avec attention, du sommet de sa chevelure permanentée jusqu'aux semelles de ses chaussures marron. Elle lui sourit en retour, et les Piggott eurent tous trois un mouvement de recul. On aurait dit que ses dents étaient celles d'un paysan du début du siècle dernier.– Pourquoi vos dents sont-elles noires ? voulut savoir Cadel.– Pourquoi tes dents sont-elles blanches ? répliqua la réceptionniste en regagnant son bureau.Lanna attrapa la main de Cadel et le fit sortir de la pièce. Son mari et elle chuchotèrent en gravissant l'escalier qui grinçait sous leurs pas.– Stuart, qu'est-ce qui lui a pris... ?– Je ne sais pas.– Crois-tu que ce soit une bonne idée ?– Bien sûr.– Mais, et cette femme ? Tu as vu ses dents ?Stuart haussa les épaules. Ils avaient atteint un palier, mais ce n'était pas le bon. Au-dessus de leurs têtes, une voix appela :– Par ici !Un homme était penché par-dessus la rampe du deuxième étage. Grand, mince, vêtu d'une veste en tweed, il avait des cheveux noirs épais qui grisonnaient.– Ça, ce sont les toilettes, précisa-t-il d'une voix apaisante teintée d'un accent anglais distingué. Je crains que mon bureau ne se trouve tout en haut.– Docteur Roth ? demanda Stuart.– Lui-même.– Nous sommes un peu en retard, s'excusa Lanna, essoufflée. Nous ne trouvions pas de place pour nous garer.– Vous devriez transformer votre cour en parking, ajouta Stuart alors qu'il montait les dernières marches.Le Dr Roth ouvrit alors la porte de son bureau.– Je le ferais si le conseil municipal m'y autorisait, expliqua-t-il. Mais cette demeure est inscrite sur la liste du patrimoine local.Stuart grogna et Lanna afficha un sourire artificiel. Ils précédèrent tous deux Cadel dans le bureau du Dr Roth, mais le garçon s'arrêta sur le seuil de la porte et regarda Thaddeus.– Pourquoi ses dents sont-elles noires ? demanda-t-il.– Wilfreda ? Je ne sais pas, répondit Thaddeus. Mauvai...
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