L'orphelinat des âmes perdues, 4, Le livre des sortilèges
EAN13
9782702433522
ISBN
978-2-7024-3352-2
Éditeur
Éditions du Masque
Date de publication
Collection
MSK (4)
Séries
L'orphelinat des âmes perdues (4)
Nombre de pages
198
Dimensions
19 x 13 x 0 cm
Poids
234 g
Langue
français
Langue d'origine
anglais
Code dewey
804
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?>1.?>Va au diable, songea Jonathan Barnes en levant les yeux vers le visage rond et suintant de son professeur d'anglais. M. Weaver se dressait devant lui tel un ours furieux engoncé dans un gilet bleu bon marché, prêt à lui arracher la tête.– Répondez à la question, dit Weaver.Quelle poisse ! Quand le prof avait posé la question, quatre élèves avaient levé la main précipitamment, comme si on venait de leur proposer de l'argent. Weaver avait-il interrogé Anni Moss, Derek Peterson, ou l'un des jumeaux surdoués, Matt et Pat ? Bien sûr que non ! Il avait pointé son index boudiné sur Jonathan.– Monsieur Barnes ?L'intéressé haussa les épaules.– Suis-je censé déchiffrer votre réponse dans ce geste ?Non, mais le garçon lui aurait volontiers donné un autre geste à déchiffrer : il consistait en un seul doigt dressé. Le genre de code secret que même Weaver n'aurait pas eu trop de mal à percer.– Je répète : pour quelle raison Iago a-t-il tourné Othello contre Desdémone ?– J'imagine qu'il ne l'aimait pas beaucoup.Ses camarades se mirent à rire. M. Weaver baissa la tête et la secoua lentement.– Eh bien, merci, monsieur Barnes. Je suis persuadé que Shakespeare apprécierait une analyse aussi fine que la vôtre. En scribouillant sa petite pièce de théâtre, sa préoccupation principale était certainement d'exprimer l'idée que Iago n'aimait pas beaucoup Othello. Rarement la complexité d'un chef-d'œuvre de la littérature classique aura-t-elle été si brillamment résumée avec un tel simplisme.Après un dernier regard de mépris, Weaver se tourna vers le reste de la classe.– Quelqu'un a-t-il quelque chose à ajouter, ou devrons-nous nous contenter de la sagesse de M. Barnes et passer au sujet suivant ?Quatre mains se levèrent – les mêmes qu'avant.– Oui, Anni ?Crétin, pensa Jonathan, tête baissée, en faisant semblant de prendre des notes. De tous ses profs, Gary Weaver était le pire. D'emblée, il avait pris Jonathan en grippe et ne ratait jamais une occasion de lui pourrir la vie. Même quand il répondait correctement à ses questions, Weaver lui balançait une vanne – à croire que son aversion était une réaction allergique à la simple présence de Jonathan. Weaver n'était pas le premier à le traiter comme ça : il y avait eu d'autres enseignants, d'autres élèves. Au bout d'un moment, on s'y habituait, on apprenait à l'ignorer.Jonathan leva les yeux de ses notes. Balayant la salle du regard, il s'arrêta immédiatement sur une fille au deuxième rang, de l'autre côté de la pièce, près de la porte. Son cœur accéléra tandis qu'il contemplait l'adolescente de profil.Il se disait parfois que la seule raison qui le poussait à venir en cours, c'était Emma O'Neil. Son joli visage en forme de cœur, ses cheveux courts, d'un brun presque noir, hérissés en un bouquet de mèches parfaitement sculptées. Bien que populaire, elle n'avait rien à voir avec la plupart des autres filles privilégiées, ces potiches arrogantes qui se prenaient pour des top-models. Non, Emma appartenait à une tout autre catégorie. Elle jouait du piano dans le groupe de jazz du lycée, elle écrivait dans le journal des étudiants. Le comité des fêtes et les pom-pom girls, ce n'était pas son truc. Emma était trop cool pour ces choses-là. Trop intelligente. De temps en temps, elle disait même bonjour à Jonathan. C'était toujours en passant, toujours trop rapide, mais il lui en était néanmoins reconnaissant. Le rayon de lumière qu'elle apportait dans cette obscurité rendait l'école supportable.– Vous avez bien tout noté, monsieur Barnes ? demanda Weaver en arrachant brutalement le garçon à ses pensées. Tout ceci sera au programme du prochain contrôle.Courbé sur sa feuille, Jonathan fit semblant de parcourir ses notes. Ce n'était pas comme s'il ignorait la réponse à la question de Weaver. Il la connaissait parfaitement, mais il n'avait pas l'intention de ­passer une autre année dans la peau de l'intello de service. Autant se faire tatouer « souffre-douleur » sur le front. Déjà maintenant, on savait qu'il avait un rendez-vous quotidien avec les « Rhinocérox », une bande de sportifs dopés aux stéroïdes qui ne rataient jamais une occasion d'envoyer Jonathan valdinguer contre les casiers. De toute façon, la participation orale avait un poids négligeable dans le système de notation. Jonathan s'en sortait toujours bien dans les épreuves écrites, même si, pour la même raison qui le poussait à se taire en classe, il évitait de collectionner trop de bonnes notes. Malgré tout, sa moyenne restait assez élevée pour lui permettre d'entrer dans une université loin, très loin du lycée Westland.Il écrivit sur sa feuille : Iago n'a pas reçu la promotion qu'il visait, et il était jaloux d'Othello car il convoitait Desdémone. C'était la réponse d'Anni Moss, qui semblait convenir à M. Weaver. Jonathan ajouta : Iago soupçonnait sa propre femme de l'avoir trompé avec Othello (voir le passage « il a, entre mes draps, rempli mon office d'époux »). Et Iago prend son pied à faire le mal – « Si tu peux le faire cocu, tu te donneras un plaisir, et à moi une récréation. »Jonathan aimait cette citation. Il l'avait soulignée dans son livre et apprise par cœur. Des mots froids et sans pitié, que Jonathan ne comprenait que trop bien : certains personnes se délectaient de la souffrance des autres. L'identité de la victime importait peu ; seule comptait l'humiliation qu'ils s'amusaient à infliger. Les Rhinocérox ne connaissaient pas Jonathan – pas vraiment –, mais cela ne les empêchait pas de le rudoyer chaque fois qu'ils le croisaient dans les couloirs. C'était un sport, un jeu, un bon moment de rigolade pour un tas de zombies aussi musclés que décérébrés. Et M. Weaver ne valait pas mieux.Le mal a un goût de miel, écrivit-il en souriant.Il jeta un coup d'œil rapide à Emma, puis reporta son attention sur le prof d'anglais, debout à l'avant de la classe, un exemplaire abîmé d'Othelloà la main. Avec l'autre main, il tira d'un coup sec l'ourlet de son gilet vers le bas. Il était en train de parler des conséquences de la trahison de Iago, à la fin de la pièce.Dans son esprit, Jonathan affubla Weaver d'une longue tunique blanche, son faciès suintant pareil à une citrouille blanche sur une nappe. L'homme arpentait la salle d'un pas lourd, désignant Anni Moss pour répondre à sa question, de la même manière qu'il avait choisi Jonathan auparavant. Le garçon imagina Weaver hurlant contre Anni, plongeant en avant pour l'attraper par le cou et l'étrangler, comme Othello avec sa femme, Desdémone. Le corps d'Anni s'effondrait sur le sol en linoléum, ses cheveux blonds répandus en corolle autour de son visage inanimé. Weaver s'emparait alors d'une dague et déclamait : « Je t'ai embrassée avant de te tuer : il ne me restait plus qu'à me tuer pour mourir sur un baiser. » Et soudain, il se poignardait en pleine poitrine. Or, au lieu de s'enfoncer dans une mare de sang, la lame faisait éclater le professeur adipeux comme un ballon, l'envoyant voler dans tous les sens en se dégonflant avec des bruits de flatulences.Jonathan rit doucement, vérifiant aussitôt que personne n'avait rien remarqué – surtout pas Emma O'Neil. Plutôt mourir que passer pour un échappé de l'asile à ses yeux. Par chance, elle était concentrée sur ses notes. Malheureusement, ce n'était pas le cas de tout le monde...Surpris et honteux, il regarda la fille assise sur la gauche, trois rangées devant lui, à côté de la fenêtre. Elle s'appelait Kirsty Sabine et venait d'entrer à Westland High. Visage quelconque, cheveux blond cendré qui tombaient sur ses épaules, pareils à un chiffon rêche. Elle n'était ni laide, ni jolie. Juste quelconque. Jonathan se détourna hâtivement lorsqu'il vit qu'elle l'observait. Elle souriait, comme si elle partageait son hilarité, comme si elle avait lu dans ses pensées et qu'elle aussi trouvât hilarante l'image de Weaver propulsé à travers la pièce par ses pets, rétrécissant jusqu'à disparaître complètement.Baissant les yeux sur son carnet, il tomba sur la phrase : Le mal a un goût de miel. Il la ratura à grands traits noirs.
Triste routine, il se trouvait à mi-chemin de la classe d'histoire quand les Rhinocérox lui tombèrent dessus. Il ne les entendit pas arriver dans son d...
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