#Mélanie Rutten: «Rester Connectée À L'Enfance»

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#MÉLANIE RUTTEN: «RESTER CONNECTÉE À L'ENFANCE»

[L'album "Les Sauvages", de Mélanie Rutten, a reçu la mention «LIBRAIRIES SORCIÈRES - PEPITES 2015». À cette occasion Christine Morault, son éditrice, et Véronique Fouché, librairie La vagabonde & sa Fabrique, ont questionné pour vous l'auteure illustratrice.]

CHRISTINE MORAULT: Quelle est l'influence de la littérature sur ton travail d'auteur ? Dans "Les Sauvages" apparaissent des liens avec "Huckleberry Finn", "Le Magicien d'Oz" et même "Alice au Pays des Merveilles". En quoi ces livres ont-ils compté pour toi et t'ont inspirée ?

MÉLANIE RUTTEN: Il m'est difficile de traduire l’influence de la littérature parmi toutes les autres: le cinéma, la peinture, les souvenirs, la mémoire, les rêves, les désirs… Toutes ces sources s’entremêlent, se diffusent peu à peu et se synthétisent lors de l’écriture ou du dessin qui sont des actes de nature inconsciente et collective. Mais certains romans marquent plus que d’autres et "Huckleberry Finn" est de ceux-là. Les images nocturnes d’échappée belle, de marais, de bayous, d’arbres pelucheux ont profondément touché quelque chose en moi de l’ordre de l’enfance, une liberté à l’état brut.
"Alice" est ma préférée, elle a une place tout à fait à part, à côté des écrits de Katherine Mansfield. Je la redécouvre à chaque lecture, différente, et elle réapparait régulièrement dans mes pensées lorsque j’écris car elle réveille un lien très fort avec l’inconscient de l'enfance.
"Le magicien d’Oz" m’est moins familier, à part la splendide chanson de Judy Garland et les couleurs de l’adaptation cinématographique de Victor Fleming.
Je pourrais citer aussi "La nuit du chasseur" du réalisateur Charles Laughton, les photographies de Charles Fréter dans "Wilderman", les oeuvres d’opéra de Britten, les romans de Tove Jansson, toutes sortes de guides naturalistes… Ils ont tous été des compagnons de route avant de me lancer dans l’aventure des sauvages.
Il y a cette étape où je me nourris de tout ceci, où j’étoffe un peu l’inventaire de possibilités graphiques ou narratives avant de me laisser porter par mes personnages et dérouler le fil de la narration. Je pense que l’on s’inscrit toujours dans une lignée dans laquelle on tente d’apporter sa singularité.

CHRISTINE MORAULT: En ce qui concerne le traitement des images, tu vas vers de plus en plus de liberté graphique, certaines images sont presque abstraites, et tu sembles utiliser de plus en plus le pinceau pour construire personnages et paysages. Qu'est-ce qui t'incite ainsi à libérer ton trait ?
MÉLANIE RUTTEN: Le plaisir. Celui de l’expérimentation, de la découverte. Celui de la couleur. Celui du jeu et du hasard aussi : l’utilisation de pigments purs (brou de noix entre autres) mêlés à de l’encre de chine ou de l’aquarelle japonaise crée toutes sortes d’accidents de matières que j’exploite et que je transforme. C’est une technique que j’aimerais pouvoir encore approfondir, me libérer tout à fait du trait, pour mieux y revenir sans doute, car j’aime varier les approches. L’éveil, l’étonnement, l’amusement sont des manières pour moi de rester connectée avec l’enfance.

VÉRONIQUE FOUCHÉ : vos livres sont des livres qui prennent leur temps, qui osent le silence, les ellipses… qui accompagnent les enfants. Ces livres sont précieux car consultables à différents stades de vie par l’enfant, voire par l’adulte au vu des nombreux adultes admirateurs de votre travail que je côtoie. En tant que libraire, je suis souvent confrontée à LA question : c’est pour quel âge ? Question à laquelle je déteste répondre car je pense que les livres rencontrent - ou pas - leur jeune lecteur et que moins l’adulte intervient mieux c’est. Pas si simple… J’en arrive à ma question : en tant qu’auteur jeunesse, avez-vous un lectorat en tête lors de la conception de ses livres ?

MÉLANIE RUTTEN: Lors de la création d’un album, je ne pense pas beaucoup au lectorat mais plus à l’enfant en moi et à mon propre plaisir d’écriture et de dessin qui s’inscrit naturellement dans le monde de l'enfance. La question se pose plus à la fin quand il s’agit de retravailler le texte pour qu’il soit clair, compréhensible et respectueux mais sans le filtre que m’imposerait l’objectif d’une tranche d’âge précise. Se positionner comme tel serait comme se mettre de l’autre côté du livre, à un endroit où je ne suis pas alors qu’il faut être dans le livre.
En tant qu’auteure, je suis aussi souvent gênée par LA question… à laquelle je réponds car il faut bien rassurer les grands aussi et le plus évasivement possible car je n’ai pas vraiment de réponse. Tout dépend de l’enfant, de qui il est, de ce qu’il est prêt à découvrir ou non… Tout dépend du parent qui le lui lit, de la manière dont il va vivre et transmettre l’histoire. Il y aurait autant de réponses possibles que d’enfants! Suite à une vague réponse, j’aime ce regard décidé du grand qui se lance, se dit «on verra», en somme fait confiance au petit… Les livres ont tous un «moment» pour être lu. Ou pas.

SAUVAGES (LES)
14,50

«C'était une nuit. C'était il y a longtemps. Perdues dans les marécages, deux maisons se faisaient face. De ces maisons, deux ombres s'enfuirent. […] Pieds nus, en pyjama, elles arrivèrent sur l'île abandonnée. Elles marchaient et s'enfonçaient dans l'obscurité. Elles allaient sans hésitation, sans peur. Les arbres se penchaient pour les protéger. C'était leur nuit.» Le but de ces deux enfants? Le tronc creux d'un arbre, l’entrée vers une clairière faite de lumières et de couleurs, à la lueur de la bougie. On y retrouve de curieux personnages: un bâton, celui qui pensait toujours aux autres, un tas de paille, celui qui rêvait et aussi un petit qui grandissait… Cette petite bande de sauvages aiment passer du temps ensemble, ils jouent, construisent une cabane et surtout prennent soin les uns des autres. Ici la peur n’a pas sa place, le moment est doux, joyeux et apaisant… Mais attention, le sauvage qui fait peur rôde dans la nuit et il n’est pas très loin. Un très bel album de Mélanie Rutten, qui nous offre un livre sur l’enfance, les peurs nocturnes, les sentiments et bien plus encore. C’est avec une écriture très poétique et des illustrations magnifiques à la peinture que ce livre émerveille et nourrit l’imaginaire des enfants.


Mitsu, un jour parfait

Mélanie Rutten

MeMo

16,20

Mitsu, ce matin, on ne peut pas dire qu’elle rayonne de bonne humeur… Et ce, malgré la générosité de son ami : propositions de cueillette de champignons et grignotage de macarons… à la fraise ! Et puis survient Mia et son précieux conseil : « Tu devrais bouger, voir du paysage. De là-haut, tu sais, on voit vraiment les choses autrement. » Alors voilà ! C’est décidé : Mitsu part à l’aventure, et vive les rencontres ! Pssttt, si vous voulez rire ou soutenir Öko, rendez-vous au chapitre 4 où il sent qu’il va battre son record sous l’eau ! Ensuite, venez découvrir l’accueillante maison d’Hervé, ce sympathique écureuil rencontré au détour d’une branche sur le chemin de la Grande Aventure : « Rien n’est rangé mais tout est à sa place. C’est un endroit qui donne envie d’avoir chaud, d’écouter de la musique et de rêver. »
Cet album au format comme on les aime, au papier épais illustré de couleurs tendres et à l’écriture simple, est un vrai bon moment de lecture à goûter entre aventuriers de l’histoire du soir.

Librairie Tiers-Temps à Aubenas


L'Ombre de chacun
17,00

C’est l’histoire… l’histoire d’un Cerf inquiet, d’un petit Lapin qui veut grandir, d’un Soldat en guerre, d’un Chat qui fait toujours le même rêve, d’un Livre qui veut tout savoir et d’une Ombre.

Mais c’est avant tout l’histoire de l’enfance, des enfances.
Avec des mots toujours très justes, Mélanie Rutten sait parler de la grande question qui accompagne l’enfance : grandir. Les sentiments, la peur, l’amour, l’amitié, sont traités avec élégance et profondeur.
Les rencontres sont magistralement orchestrées dans un univers céleste et chaque personnalité est dépeinte subtilement. Le lecteur sentira résonner son propre vécu. Il sortira de la lecture bouleversé avec la seule envie de relire ce livre brillant en suivant.
Il est des livres avec lesquels on grandit, l’Ombre de chacun est de ceux-là. Mélanie Rutten signe ici une grande œuvre de littérature de jeunesse, elle excelle dans son art où rares sont les auteurs capables d’atteindre un tel niveau tant à l’écriture qu’à l’illustration. Un bijou.

Librairie Tire Lire à Toulouse


Oko, Un thé en hiver

Un thé en hiver

MeMo

16,20

C’est l’hiver. Öko et ses amis disent un dernier au revoir à Madeleine. Madeleine, c’était un peu la grand-mère de tout le monde. Alors «on est triste. C’est normal». C’est l’hiver. La neige a recouvert la campagne. Öko s’amuse, fait un bonhomme de neige, se promène. C’est l’hiver. Öko rencontre un nouvel ami, un peu étrange, un étranger. Un être perdu qui cherche sa place. Avec tendresse et subtilité Mélanie Rutten nous dresse une petite chronique de vie. Poétique, touchante, drôle, pleine de réflexion sur l’amitié et le souvenir… Une histoire lumineuse!


NOUR, LE MOMENT VENU

Rutten/Melanie

MeMo

16,20

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