• par (Librairie Dialogues)
    7 mai 2007

    Milan kundera n'est pas seulement un grand romancier contemporain, un romancier majeur de langue française. il a tiré de sa qualité d'enseignant à l'université l'art de la pédagogie. "Le rideau", essai en sept parties, est un magistral cours de littérature sur l'art du roman, lequel est, pour lui, un art à part entière, ayant comme tel sa spécificité propre. "En inventant son roman, le romancier découvre un aspect jusqu'alors inconnu, caché, de la "nature humaine"; une invention romanesque est donc un acte de connaissance que Fielding définit comme "une rapide et sagace pénétration de l'essence véritable de tout ce qui fait l'objet de notre contemplation" Et Kundera poursuit "les personnages romanesques ne demandent pas qu'on les admire pour leurs vertus.

    Ils demandent qu'on les comprenne, et c'est quelque chose de tout à fait différent. Les héros d'épopée vainquent, ou s'ils sont vaincus, gardent jusqu'au dernier souffle leur grandeur. Don Quichotte est vaincu. Et sans aucune grandeur. Car d'emblée tout est clair : la vie humaine en tant que telle est une défaite. La seule chose qui nous reste face à cette inéluctable défaite qu'on appelle la vie est d'essayer de la comprendre. C'est là la raison d'être de l'art du roman."Comme tout art le roman est un art universel, et Kundera le montre bien qui convoque au soutien de sa brillante démonstration Rabelais et Fielding, Cervantes et Gombrowicz, Broch et Musil... et nous montre combien Kafka n'est pas un écrivain pragois.Comme tout art le roman a sa spécificité et son domaine propre ne se confond pas avec celui de la poésie ou celui de la philosophie. "les arts ne sont pas tous pareils; c'est par une porte différente que chacun d'eux accède au monde. Parmi ces portes l'une d'elles est réservée en exclusivité au roman" et Kundera poursuit " Herman Broch l'a dit : la seule morale du roman est la connaissance" ou encore citant Flaubert " je me suis toujours efforcé d'aller dans l'âme des choses". et Proust n'écrivait pas autre chose, Kundera nous le montre ""...chaque lecteur est, quand il lit, le propre lecteur de soi-même. L'ouvrage de l'écrivain n'est qu'une espèce d'instrument optique qu'il offre au lecteur afin de lui permettre de discerner ce que , sans ce livre, il n'eût peut-être pas vu en soi-même. La reconnaissance en soi-même, par le lecteur, de ce que dit le livre est la preuve de la vérité de celui-ci..."Ces phrases de Proust, ajoute Kundera, ne définissent pas que le sens du roman proustien; elles définissent le sens de l'art du roman tout court"Il faut lire "Le Rideau", c'est un grand livre, un livre essentiel à tous ceux qui veulent comprendre ce qu'est l'art du roman, à tous ceux qui veulent dépasser les querelles du nouveau roman, à tous les passionnés de littérature.


  • 7 mai 2007

    Avec son nouveau livre, "Le Rideau", Milan Kundera étend sa réflexion sur l’art du roman. L’écrivain français d’origine tchèque nous offre au fil d’une composition tramée ses souvenirs, ses goûts et ses interrogations sur cet art dont il est devenu maître. Kundera nous invite à une promenade au cœur du roman, un voyage autour du monde et au fil des âges, de Cervantès à Tolstoï, de Flaubert à Fielding, de Joyce à Fuentes…Loin de l’essai froid et érudit, "Le Rideau" est un livre foisonnant où la pensée ne cesse de rebondir et de comparer, un essai impossible à résumer tant sa thématique est riche. Avec l’enthousiasme du lecteur et la finesse de l’écrivain, Kundera insiste sur l’importance de la composition, l’omnipotence de la « story », sur l’indispensable transformation de la forme…Mais la vie est ailleurs, et l’essentiel se trouve sans doute dans un mot de Goethe, « Die Weltliteratur ». Kundera milite en faveur d’une littérature mondiale. En déchirant « le rideau magique, tissé de légendes » et en dévoilant l’expérience du monde à travers le regard de tout un chacun, il nous apporte la preuve que le roman et la vie ne sont qu’une seule et même chose.Avec Le Rideau, Kundera s’offre donc une nouvelle occasion de revendiquer sa singularité loin du conformisme des bien-pensants et nous invite à lire ou à relire les grandes œuvres qui ont fondé le roman.