Le Chien qui voulait voir le Sud

Seishu HASE

Philippe Picquier

  • Conseillé par (Les Lisières à Villeneuve d'Ascq)
    28 juillet 2023

    Une Odyssée sociale et pleine d'émotions

    Si les auteurs japonais nous ont habitués aux récits de félins, les chiens ne sont pas en reste dans leur cœur, comme en atteste l'histoire célèbre de Hachikō, ce shiba qui continua d'attendre son maître sur le quai de la gare dix ans après la mort de celui-ci et à qui l'on érigea une statue. L'odyssée de Tamon, fictive mais tellement évocatrice, s'inscrit dans cette lignée de récits incroyables de chiens prêts à traverser le monde pour retrouver leur maître. Loyal, intuitif, déterminé et clairvoyant, les qualités du chien mettent ici en exergue les valeurs de la société japonaise autant qu'elles en font la critique. Sans jugement, l'animal permet aux vérités enfouies de remonter, comme en contrepoids au lourd masque social que le devoir et la dignité imposent.

    D'apparence perdu, affamé, parfois blessé, Tamon n'est pas un chien errant. Il voyage en réalité vers le Sud, avec constance et obstination. En chemin il croise la route d'hommes et de femmes avec qui il séjourne un temps avant de poursuivre son voyage aux motivations mystérieuses. Par un troublant hasard, ou peut-être parce qu'il porte le nom d'une divinité animiste, Tamon semble toujours surgir au point de bascule d'existences déjà sur la brèche. Tantôt guide spirituel ou ange de la mort, il éclaire les ombres des vies qu'il traverse, sa calme présence aide à l'introspection avant l'instant décisif.

    L'auteur, HASE Seishu, est reconnu au Japon pour ses romans noirs et même s'il écrit ici une histoire très différente, on retrouvera dans ce roman une critique sociale implacable qui lui est caractéristique. A mesure que progresse Tamon dans son voyage, on découvre de nombreux personnages qui constituent un saisissant catalogue d'images sur le Japon : les inégalités sociales, les liens familiaux, les hors cadre, le sort injuste des femmes qui croulent sous les charges domestiques, la mélancolie des hommes inconséquents... Des êtres très différents, momentanément égarés ou truands, prospères ou précaires, citadins ou ruraux... qui ont en commun cette même sourde souffrance solitaire, un jour soulagée par la chaleur amicale d'un chien.

    Un très gros coup de cœur !